NEOGLOBALIDAD

29.09 — 01.11.2017

Vernissage: 28.09.2017

26, 27 et 28.17 – Charmed Club s’occupe du Commun – Live radio

Curated by Sébastien Leseigneur

Photography : Pablo Réol, Grand Large, 2014.

Giacomo Bianchetti / Étienne Chosson / DISCIPULA / Lola Gonzàlez / Maxime Guyon / Éva et Franco Mattes / Stéphanie Probst / Pablo Reol / Anaëlle Vanel / Neige Sanchez / Galaxia Wang / Charmed Club /

Ne dites plus : « Les jeunes ne croient plus en rien » ;

Dites : « Merde ! Ils ne gobent plus nos mensonges »*.

 

Les pays signataires de l’accord de la conférence sur le climat COP21 en 2015 ont compris qu’il n’existait pas de planète compatible avec les espoirs de développement de la globalisation, et que jusqu’ici ils avaient tiré des [...]

Ne dites plus : « Les jeunes ne croient plus en rien » ;

Dites : « Merde ! Ils ne gobent plus nos mensonges »*.

 

Les pays signataires de l’accord de la conférence sur le climat COP21 en 2015 ont compris qu’il n’existait pas de planète compatible avec les espoirs de développement de la globalisation, et que jusqu’ici ils avaient tiré des plans sur la comète**.

Neoglobalidad, à l’image de l’anarchie de bulles d’informations portées à notre quotidien, aborde une pléiade de questionnements mêlant l’écologie, l’immigration, les post-vérités, les études de genre et les nouvelles technologies, en passant par des réflexions sur le pouvoir, le travail, l’occupation, les insurrections, les communautés, la magie, etc… Cette dérive fait proliférer des zones d’écarts, d’intégration, d’interstices, de désobéissance, de reproduction, un processus complexe de digestion et de déplacement, une prise en compte des rapports de la subjectivité avec une multitude de formes d’extériorités – qu’elle soient sociales, animales, végétales, cosmiques ou encore cyborgs.

Pablo Réol aborde le faux du faux avec un ensemble de montages Photoshop. C’est une manière de répondre avec dérision et poésie aux brouillages des faits par des politiciens ou des acteurs économiques d’aujourd’hui. Avec ses objets photographiques, Maxime Guyon révèle une esthétique propre aux nouvelles technologies, à la recherche et au développement industriel. Eva et Franco Mattes et le collectif Discipula s’approprient, analysent et tordent les différents flux de communication, notamment l’internet. Ils décryptent et recryptent les ficelles du capitalisme cognitif globalisé. Etienne Chosson et Giacomo Bianchetti étendent la réflexion sur le medium photographique comme moyen de contre-information et investissent des territoires physiques et politiques tels que le printemps parisien en 2016, ou le sommet 2017 du Bilderberg à Washington. Le regard porté à des objets d’archive par Anaëlle Vanel permet à la photographie de traverser des territoires et des périodes historiques éloignées. Elle entreprend un travail méticuleux de construction de la mémoire humaine et politique. Lola Gonzàles explore avec son film Les courants vagabonds un mythe qui raconte que lorsque le chaos se répand dans le monde, à certains moments clés de l’histoire, les morts se réveillent. Enfin Stéphanie Probst, Neige Sanchez et Galaxia Wang portent, chacun à leur manière, une attention au genre du portrait. Tous désignent la nécessité de construire des manières alternatives de se penser en tant qu’individu et en tant que groupe, de ne pas subir, d’approfondir nos perceptions et d’entrevoir les effets positifs de la fragmentation actuelle du monde.

Neoglobalidad s’inspire de l’Écosophie de Felix Guatarri et prend la forme d’un réseau organique. Au coeur de cet accrochage, situé au premier étage du

commun, s’immisce une seconde proposition de Neige Sanchez sous la forme d’une radio en direct les 26, 27 et 28 octobre : Le Charmed Club s’occupe du Commun. Avec des lectures et des discussions, l’équipe du Charmed Club fera part de ses questionnements sur le divertissement, l’interdisciplinarité, les modes de communications, l’activisme et un soin apporté au vivant dans tous ses interstices. L’exposition devient ainsi un lieu d’échange et une plateforme de diffusion avec des interventions de différents groupes / collectifs /artistes / etc…

Dans la continuité des prospections visuelles et politiques de l’exposition Against the grain – La photographie à contre-courant, en 2014 au CPG, Neoglobalidad part d’un constat actuel : Dans les luttes de pouvoir médiatique et politiques par et avec l’image, chaque bulle d’information évolue en circuit fermé. Il n’y a plus, ni position dominante, ni position alternative. L’exposition réunie des oeuvres qui donnent à voir des formes de montage qui tordent et mêlent les différentes bulles d’informations disponibles.

Le théoricien des médias Wolfgang Ernst observe que L’internet n’est pas une archive, ce n’est qu’un stockage temporaire. Le World Wide Web apparu en 1989 est simplement trop dynamique et instable pour être considéré comme un moyen de conservation durable des artefacts culturels. L’errance des informations instaure de nouveaux régimes de la mémoire, liés au temps de la machine. Les corporéités sont redéfinies par un système néo féodal qui accentue l’écart entre les riches et les pauvres, et par des dispositifs panoptiques de plus en plus serrés qui bouleversent notre rapport à l’environnement naturel et urbain immédiat, ainsi qu’à nous même. L’exposition collective caméra(auto)contrôle, en 2016 au CPG, a essayé de cerner le phénomène.

Au départ, avec l’apparition du WWW et de l’ordinateur, c’était la promesse d’un changement du travail, d’une mise en commun et d’un partage des savoirs. De mettre ensemble les capacités de production de la vie, de la culture, pas de la consommation comme l’impose la globalisation néolibérale, mais de la communauté. L’altermondialisme apparait dans les années 90, les manifestations de 1999 à Seattle sont les premières fortement médiatisées et à Genève on se souvient du sommet du G8 en 2003 à Evian. Cette médiatisation laissait entendre une voix, celle d’une capacité de porter la démocratie vers plus de transparence, de participation et de partage. Ce qui s’est imposé, c’est un régime de marchandisation du monde entier après la chute de l’URSS. Avec l’avènement du trumpisme, l’avant-garde des néolibéraux climato-négationnistes ont décidé que c’est le reste du monde qui allait payer leur ruine et ce retournement de la terre contre elle-même. Dérégularisation est le mot d’ordre à tous les étages tandis que le nouveau régime climatique balaye depuis longtemps toutes les frontières**.

La réalité actuelle est celle d’une guerre ouverte entre prédation et solidarité, guerre qui se déploie aussi sur le terrain de la production et de la diffusion des images. En passant du réel à la post-vérité, la position du président de la première puissance mondiale qui accuse ouvertement les médias les plus sérieux de publier des fake news (l’Histoire démontre qu’il n’a pas tout à fait tord, à l’instar de la guerre d’Irak basée sur de fausses preuves) nous permet de mettre en lumière un changement de paradigme dans la hiérarchie des médias et donc aussi dans la production d’images fixes et en mouvements.

Neoglobalidad s’inscrit dans la continuité des expositions dédiées aux nouvelles générations d’artistes proposées par le Centre de la photographie de Genève (CPG), telles que Quoi de 9/11 photographes de Genève et de la région lémanique en 2002, vfg Prix des Jeunes Talents en 2010, 2009 et 2008, Jeunevois en 2008 ou encore Against the grain - la photographie à contre-courant en 2014. Les positions de jeunes artistes suisses sont ici amenées en écho avec des perspectives internationales et historiques. En même temps qu’Armin Linke présente son archive du monde globalisé avec – The Appearance of That Which Cannot be Seen – au CPG.

*Comité Invisible, Maintenant, éd. La fabrique, 2017

** Bruno Latour, L’Europe refuge, in L’Age de la régression, éd. Premier parallèle, 2017

Sébastien Leseigneur, commissaire de l’exposition Neoglobalidad, 2017

 


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