Cette exposition réunissant les travaux de 23 artistes explore les manières dont une pratique de l’image peut s’apparenter une pratique de soin: soin de soi, des autres, de sa communauté, de son histoire, de ses récits. Parmi les multiples sens que peuvent prendre les relations entre soin et image, Quand les images prennent soin se penche en particulier sur les questions à la fois intimes et universelles du deuil et du chagrin, des relations de famille et des non-dits, mais aussi sur les enjeux plus communautaires que sont la visibilité et la représentation, la réappropriation de sa propre histoire, ou encore l’image activiste.
Le premier étage de l’exposition se focalise sur les rôles de l’image dans la construction d’un récit individuel, intime et familial, souvent lié à l’identité, au deuil, au secret, ou à la maladie. Ici, le «prendre soin» se situe dans une mise en récit par l’image. Le récit permet de faire sens de l’expérience vécue, dans sa complexité, sa difficulté et parfois sa brutalité. La photographie permet d’exprimer le chagrin et le désarroi, la vulnérabilité et le doute, mais aussi la tendresse, la douceur, l’attachement, la grâce. Par moments, elle sublime, amenant une forme de sérénité. Parfois, elle fait saillir la frustration, l’impossibilité de sens et de réconciliation. Les travaux réunis ici ont souvent quelque chose de fragile et de délicat. Ils embrassent leur vulnérabilité et mettent à nu des émotions et des rapports humains contradictoires. L’image à la fois fait partie d’un processus visant à faire sens et assimiler une expérience, est le témoin d’un moment particulier de ce processus, et devient une manière de le partager. Ces récits individuels, en touchant à des expériences majeures de la condition humaine, possèdent un fort pouvoir d’évocation et invitent à une expérience réflexive et contemplative.
Le deuxième étage est quant à lui dédié essentiellement à des récits collectifs. Il se penche en particulier sur la notion de prendre soin par la visibilisation et la représentation de certaines communautés, et à leurs liens avec certaines formes d’activisme. Une attention spécifique est prêtée aux mouvements sociaux et civiques en Suisse, notamment contre le racisme, l’homophobie ou le sexisme, et à la dimension militante que peut prendre l’image dans ces contextes. La photographie permet dans le présent la diffusion de récits et d’actions dont elle est parfois partie intégrante, tout en contribuant à la formation de la mémoire et à l’écriture de l’histoire. Aux côtés de ces usages plus résolument politiques de la photographie, d’autres projets font de la visibilité, et du renversement des idées préconçues sur certains groupes ou certaines expériences, un enjeu du prendre soin. L’image est alors ici mobilisée pour ses forces de représentation, mais aussi pour sa capacité à restaurer une certaine forme de pouvoir d’agir.
Sans prêter à l’image des dons guérisseurs autonomes ou universels, cette exposition affirme résolument le pouvoir de l’image photographique comme moyen d’autonomisation et d’émancipation, relevant d’une capacité d’agir sur sa propre situation, identité, histoire et destinée.
Avec Vincen Beeckman, Soumya Sankar Bose, Aline Bovard Rudaz, Rebecca Bowring, Margaux Corda, Siân Davey, Lina Geoushy, Anne Golaz, Beau Gomez, Sabine Hess, Aimée Hoving, Laure Alabatou Reina Huguet, Youqine Lefèvre, Pablo Lerma, Daniel Jack Lyons, Ivan P. Matthieu, Anne Morgenstern, Zion Perrin, Ronald Pizzoferrato, Virgi- nie Rebetez, Ann Shelton, Samuel Spreyz et Sabine Wunderlin.
Avec le soutien de la Ville de Genève et du Commun, de la Loterie Romande, de la Fondation Ernst Göhner et de Pro Helvetia.




























