L’exposition Relever la nuit interroge le rayonnement lumineux, au fondement de la photographie, ainsi que l’impact de nos modes de vie contemporains sur les écosystèmes. Les nuits sans lune, l’artiste expose des papiers photosensibles pendant une durée identique, effectuant des relevés de la pollution lumineuse. Il en résulte des images monochromatiques, dont les différentes nuances de gris proviennent des émanations des lumières artificielles en périphérie des villes et villages. En Suisse, il n’est en effet plus possible d’observer l’obscurité nocturne naturelle. Les relevés de l’artiste font écho à une étude menée en 2019 par l’Université de Genève sur la pollution lumineuse du bassin genevois à partir de photographies aériennes nocturnes, ayant abouti à une cartographie du réseau écologique nocturne de la région. L’artiste conjugue dans ce projet le rôle de la photographie comme auxiliaire de la science et les notions de preuve et d’empreinte usuellement associée à la photographie. Elle documente la disparition de la nuit avec différents registres photographiques, relevant que l’obscurité n’existe plus, masquée par une lumière sans fin. C’est par la clarté des papiers photosensibles que la nuit se révèle, paradoxe de l’inversion inhérente au procédé photographique.
L’exposition regroupe plusieurs types d’images, explorant des stratégies tantôt documentaires, tantôt expérimentales. À l’aide de photogrammes, l’artiste rend compte des conditions de luminosité artificielle sur le territoire genevois. Elle capte, à l’aide de ces images sans appareil photographique, avec des temps d’exposition de plusieurs minutes identiques pour chaque lieu, un état des lieux expérimental de la pollution lumineuse en créant des relevés à un moment donné. En parallèle, ce travail interroge les usages sci- entifiques de l’image photographique, ainsi que le paradoxe inhérent au projet: plus il y a de lumière dans le ciel, et plus l’image est foncée. C’est donc dans la clarté que se révèle l’obscurité. Des textes et des diagrammes imprimés en noir sur noir ponctuent l’exposi- tion, reflétant les recherches de l’artiste, ainsi que le paradoxe au coeur du projet.
Dans ses images d’insectes, l’artiste évoque la mortalité liée à l’éclairage artificiel. Une étude réalisée en Allemagne estime à 150 le nombre d’insectes tués par lampadaire, chaque nuit d’été. Pour réaliser ces photographies, elle utilise de l’éclairage contenant des longueurs d’ondes courtes (bleu et UV), qui sont les plus impactantes pour la biodiversité. L’artiste documente également les différences de température de couleur de l’éclairage artificiel (mesurée en degré Kelvin). Les températures de couleur des éclairages LED ne correspondent pas forcément aux longueurs d’onde (nanomètre) des ampoules. Comme pour les insectes qui sont désorientés par les sources de lumière artificielle, certaines longueurs d’onde peuvent provoquer une altération de la croissance des végétaux.
Avec ce travail qui a reçu la Bourse 2022 pour un projet photographique à caractère documentaire de la Ville de Genève, Léonie Rose Marion dévoile les conséquences multiples de nos modes de vie sur l’environnement, tout en interrogeant les caractéristiques du médium photographique.
















