Cette exposition explore nos rapports au monde végétal, et les manières dont il se fait tour à tour objet d’affection grâce à ses qualités esthétiques, emblème des bouleversements environnementaux, ou investi de fonctions symboliques. Le parc des Bastions devint en 1817 le premier jardin botanique de Genève, à l’initiative d’Augustin Pyramus de Candolle. Il fut l’auteur de l’une des premières classifications botaniques, et entreprit un vaste travail aboutissant à la description de près de 60’000 plantes. Les notions d’étude et de typologie traversent toute l’histoire de la photographie. Des cyanotypes d’algues d’Anna Atkins aux agrandissements de détails de plantes de Karl Blossfeldt, puis aux illustrations botaniques contemporaines de Niki Simpson, les études et typologies de plantes abondent. Les photographes ont ainsi contribué depuis les années 1840 à l’élaboration des savoirs sur les plantes, et à nourrir notre culture visuelle du monde végétal.
Faisant écho à l’histoire de ce parc, l’exposition présente deux études botaniques et artistiques contemporaines, l’une un récit intime et une exploration des relations mère-fille, et l’autre une recherche et réflexion sur les plantes invasives. Il s’agit d’une exposition satellite de l’exposition du même nom présentée à l’Espace Ami-Lullin de la Bibliothèque de Genève. Son design a été réalisé par Onlab Studio.
Le photographe suisse Yann Mingard, dans son projet Indociles, rend hommage aux plantes considérées comme invasives. Elles sont bien souvent celles capables de survivre dans des environnements pollués, en particulier les sols contaminés aux métaux lourds tels que le plomb, le mercure, le cuivre ou encore le cadmium. Ces organismes déconsidérés résistent ainsi à des destructions dues aux activités humaines. Les photographies en noir et blanc de ces « mauvaises herbes » sont présentées avec leur description, dont la typologie est empruntée à celle de l’herbier botanique, ainsi qu’avec une image spectrale des métaux lourds qu’elles absorbent. Indociles est le dernier volet de la trilogie de l’artiste sur l’Anthropocène, débuté en 2009 avec Deposit, puis Tant de choses planent dans l’air d’où notre vertige.
Le projet Almost All the Flowers in My Mother’s Garden [Presque toutes les fleurs dans le jardin de ma mère] de l’artiste finlandaise Hilla Kurki a été réalisé dans le jardin de sa mère. Soigneusement entretenu dans le sud-est de la Finlande, il est devenu presque un rival pour l’attention de sa mère, et forme un point de départ pour parler des difficultés qu’elle rencontre à entretenir un lien complice avec celle-ci. À partir de ce récit personnel, l’artiste examine dans ce projet plus largement les relations complexes entre mères et filles. Les souvenirs intimes qui accompagnent les images ont été recueillis auprès de plusieurs femmes artistes, y compris Hilla Kurki elle-même. Des extraits sont librement associés aux photographies, formant des témoignages sur les liens mère-fille.