À l’origine de 36 [36 plants en pot] se trouvent 36 œuvres originales de Magdalena Wysocka et Claudio Pogo. Chaque pièce originale est composée de deux impressions risographiques distinctes représentant des plantes en pot: ces impressions sont réalisées sur toile, puis découpées et assemblées à la main. Le matériau de base de ces impressions provient d’un modeste livret intitulé Topfpflanzen 1 [Plantes en pot 1], publié en 1977 par ZBE – Berlin Flowers.
Il existe peut-être une grammaire de la vie à laquelle aucun organisme n’échappe. Chaque être, de la plus petite spore au plus grand mammifère, porte en lui une syntaxe — une structure de réaction et de résistance. Le monde devient alors un texte d’affinités et d’aversions, écrit non pas en mots mais en molécules. Lorsque la lumière du soleil frappe une feuille, ou que des phéromones traversent une pièce, il n’y a pas de dialogue, mais il y a néanmoins du sens. On pourrait dire que tous les êtres vivants se lisent les uns les autres par la chimie. Ils déchiffrent: trop de sel, trop de lumière, trop de proximité. La plante se flétrit à côté d’une autre non pas parce qu’elle la déteste, mais parce que leurs alphabets s’entrechoquent. Le corps de l’une exprime ce que l’autre ne peut digérer. En ce sens, la coexistence n’est pas une harmonie, mais une traduction. Parfois, nous traduisons bien: les racines s’entrelacent, les espèces s’alignent, les écosystèmes trouvent leur équilibre sur une syntaxe invisible. Et parfois, la traduction échoue: une mauvaise interprétation de la lumière, une incompréhension de l’air, et ce qui poussait autrefois ensemble devient toxique. Barthes aurait pu dire que l’amour et l’aversion sont un seul et même acte sémiotique — tous deux sont des lectures de l’autre. "Détester", c’est reconnaître la grammaire de l’autre tout en refusant sa résonance. "Aimer", c’est dissoudre les frontières jusqu’à ce que les significations s’estompent. Ainsi, le jardin et le corps partagent un secret: ils sont tous deux des textes de négociation. Chaque organisme est à la fois un lecteur et une phrase — se réécrivant en réaction à la chaleur, à la pression et à la proximité. Le sol, la cellule, la peau : chacun est un paragraphe dans le discours infini de l’être.











