GREGOR SAILER – THE POTEMKIN VILLAGE

27.02 — 21.04.2019

Vernissage: 26.02.2019 18:00

Visites commentées

Dimanches 03.03.2019 et 07.04.2019 à 14:00 (CHF 5)

 

Conversation entre Gregor Sailer et Pascal Beausse, critique et curateur, responsable des collections photographiques du Centre National des arts plastiques

Jeudi 04.04.2019 à 19:00 (auditorium du BAC)

La série The Potemkin Village de Gregor Sailer joue de façon très sophistiquée sur une sorte de double tromperie. Les « villages potemkiniens » que l’artiste a identifiés pendant deux ans aux quatre coins de l’hémisphère nord, que ce soit en France, en Allemagne, en Angleterre, en Russie, en Chine ou aux États-Unis, sont très souvent photographiés de face, l’une des caractéristiques du style documentaire tel qu’Olivier Lugon l’a fort bien défini dans son l [...]

La série The Potemkin Village de Gregor Sailer joue de façon très sophistiquée sur une sorte de double tromperie. Les « villages potemkiniens » que l’artiste a identifiés pendant deux ans aux quatre coins de l’hémisphère nord, que ce soit en France, en Allemagne, en Angleterre, en Russie, en Chine ou aux États-Unis, sont très souvent photographiés de face, l’une des caractéristiques du style documentaire tel qu’Olivier Lugon l’a fort bien défini dans son livre Le style documentaire. Ce style – une description du monde tangible – peut par exemple faire apparaître les structures sociales qui nous régissent à partir de l’architecture ; mais il est surtout porté par l’ambition d’énoncer certaines vérités sur les rapports de force dans nos sociétés. Mais voilà qu’à peu près toutes les façades présentées dans cette exposition sont fausses. Elles font croire à des usages dont les bâtiments ne remplissent pas du tout les fonctions.

Ainsi, un village français dans l’esprit « force tranquille » n’a au fond rien d’idyllique, tout comme le centre d’une nouvelle ville postmoderne en France. Les deux vues sont en fait issues de sites d’entraînement militaire de l’armée française (le Centre d’entraînement aux actions en zone urbaine (CENZUB) dans l’Aisne à Sissonne), à l’image des 24 villages de style oriental situés à 10'000 km de la mer Méditerranée dans le désert Mojave en Californie et construits par les États-Unis pour leur entraînement à la guerre en Iraq, Afghanistan, Syrie et ailleurs (Fort Irwin National Training Center).

Les petites maisons d’esprit scandinave n’hébergent, quant à elles, personne non plus ; leurs façades ont juste été dressées pour simuler un village dédié à la sécurité routière suédoise (Carson City et AstaZero). La façade du grand immeuble de bureaux n’a jamais existé non plus ; c’est juste une bâche sur laquelle l’illusion de la façade d’un bâtiment administratif a été imprimée et qui est accrochée parmi d’autres dans les rues de Souzdal, ville où le président Poutine a reçu les dirigeants du BRIC et d’autres diplomates en 2015. Mais comme la ville hôte n’était pas vraiment présentable, des « villages potemkiniens » ont été dressés dans des paysages de neige pour faire bonne figure, exactement à l’image de ceux que le maréchal Grigori Aleksandrovitch Potemkine avait – selon la légende – fait dresser dans la campagne de Crimée à l’occasion d’un voyage de la tsarine Catherine II en 1787.

Toutes ces façades photographiées par Gregor Sailer auraient très bien pu figurer dans l’exposition fALSEfAKES que le Centre de la photographie Genève a présentée en 2013. En effet, il est courant de nos jours de se méfier comme de la peste de la manipulation possible du document photographique à l’ère de sa digitalisation ; pourtant personne ne fait le lien avec le constat qu’une bonne partie de notre environnement construit est déjà faux, que ce soit des architectures intérieures mais aussi des villes entières – à l’image par exemple du Val d’Europe construit comme un Paris haussmannien près d’Eurodisney. C’est de ce monde là que parle Gregor Sailer, spécialement dans sa série des villes chinoises qui, construites sur le principe de l’imitation, sont à l’image de certaines villes allemandes ou anglaises, comme par exemple Thames Town, sur les bords du Yangtsé, près de Shanghai.

Ces prises de vue réalisées en hiver pour obtenir une lumière diffuse et avec une chambre pour un rendu parfait ont été réunies dans une publication éponyme parue aux éditions Kehrer Verlag en 2017.

L’exposition The Potemkin Village, présentée par le CPG en première mondiale aux Rencontres d’Arles 2018,en montre une sélection et propose une lecture en deux temps. Le spectateur fait face à la fois à des wallpapers qui reproduisent des façades, mais aussi à de petits tirages qui dévoilent l’envers du décor et donnent à voir le contexte, toujours en absence de toute présence humaine, à l’exception des destinées touristiques chinoises.

 

Joerg Bader

Directeur du Centre de la photographie Genève

 

 

 


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Fiche d'artiste

Gregor Sailer * 1980 à Schwaz, Autriche, vit à Tyrol, Autriche

La série The Potemkin Village de Gregor Sailer joue de façon très sophistiquée sur une sorte de double tromperie. Les « villages potemkiniens » que l’artiste a identifiés pendant deux ans aux quatre coins de l’hémisphère nord, que ce soit en France, en Allemagne, en Angleterre, en Russie, en Chine ou aux États-Unis, sont très souvent photographiés de face, l’une des caractéristiques du style documentaire tel qu’Olivier Lugon l’a fort bien défini dans son l [...]

La série The Potemkin Village de Gregor Sailer joue de façon très sophistiquée sur une sorte de double tromperie. Les « villages potemkiniens » que l’artiste a identifiés pendant deux ans aux quatre coins de l’hémisphère nord, que ce soit en France, en Allemagne, en Angleterre, en Russie, en Chine ou aux États-Unis, sont très souvent photographiés de face, l’une des caractéristiques du style documentaire tel qu’Olivier Lugon l’a fort bien défini dans son livre Le style documentaire. Ce style – une description du monde tangible – peut par exemple faire apparaître les structures sociales qui nous régissent à partir de l’architecture ; mais il est surtout porté par l’ambition d’énoncer certaines vérités sur les rapports de force dans nos sociétés. Mais voilà qu’à peu près toutes les façades présentées dans cette exposition sont fausses. Elles font croire à des usages dont les bâtiments ne remplissent pas du tout les fonctions.

Ainsi, un village français dans l’esprit « force tranquille » n’a au fond rien d’idyllique, tout comme le centre d’une nouvelle ville postmoderne en France. Les deux vues sont en fait issues de sites d’entraînement militaire de l’armée française (le Centre d’entraînement aux actions en zone urbaine (CENZUB) dans l’Aisne à Sissonne), à l’image des 24 villages de style oriental situés à 10'000 km de la mer Méditerranée dans le désert Mojave en Californie et construits par les États-Unis pour leur entraînement à la guerre en Iraq, Afghanistan, Syrie et ailleurs (Fort Irwin National Training Center).

Les petites maisons d’esprit scandinave n’hébergent, quant à elles, personne non plus ; leurs façades ont juste été dressées pour simuler un village dédié à la sécurité routière suédoise (Carson City et AstaZero). La façade du grand immeuble de bureaux n’a jamais existé non plus ; c’est juste une bâche sur laquelle l’illusion de la façade d’un bâtiment administratif a été imprimée et qui est accrochée parmi d’autres dans les rues de Souzdal, ville où le président Poutine a reçu les dirigeants du BRIC et d’autres diplomates en 2015. Mais comme la ville hôte n’était pas vraiment présentable, des « villages potemkiniens » ont été dressés dans des paysages de neige pour faire bonne figure, exactement à l’image de ceux que le maréchal Grigori Aleksandrovitch Potemkine avait – selon la légende – fait dresser dans la campagne de Crimée à l’occasion d’un voyage de la tsarine Catherine II en 1787.

Toutes ces façades photographiées par Gregor Sailer auraient très bien pu figurer dans l’exposition fALSEfAKES que le Centre de la photographie Genève a présentée en 2013. En effet, il est courant de nos jours de se méfier comme de la peste de la manipulation possible du document photographique à l’ère de sa digitalisation ; pourtant personne ne fait le lien avec le constat qu’une bonne partie de notre environnement construit est déjà faux, que ce soit des architectures intérieures mais aussi des villes entières – à l’image par exemple du Val d’Europe construit comme un Paris haussmannien près d’Eurodisney. C’est de ce monde là que parle Gregor Sailer, spécialement dans sa série des villes chinoises qui, construites sur le principe de l’imitation, sont à l’image de certaines villes allemandes ou anglaises, comme par exemple Thames Town, sur les bords du Yangtsé, près de Shanghai.

Ces prises de vue réalisées en hiver pour obtenir une lumière diffuse et avec une chambre pour un rendu parfait ont été réunies dans une publication éponyme parue aux éditions Kehrer Verlag en 2017.

L’exposition The Potemkin Village, présentée par le CPG en première mondiale aux Rencontres d’Arles 2018,en montre une sélection et propose une lecture en deux temps. Le spectateur fait face à la fois à des wallpapers qui reproduisent des façades, mais aussi à de petits tirages qui dévoilent l’envers du décor et donnent à voir le contexte, toujours en absence de toute présence humaine, à l’exception des destinées touristiques chinoises.

 

Joerg Bader

Directeur du Centre de la photographie Genève

 

 

 


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