Zhang Wei
Artificial Theater, Politic Serie, The Leader

05.03 — 29.03.2015

La galerie Art & Public et le Centre de la photographie Genève présentent en même temps et pour la première fois en Europe deux expositions personnelles Zhang Wei, artiste né à Shang Luo en 1977 et vivant à Pékin.

Vernissage: 05.03.2015

Tandis que la galerie Art & Public va surtout se concentrer sur les photographies de la série Big Star, montrant les faciès de célébrités tel que Jackie Chan ou Madonna, le CPG va porter son attention sur les portraits principalement de chefs d’états, en majorité autoritaires, voir dictatoriales. Les Leader, comme l’artiste a intitulé sa série, incluant Mao, Bush jr., Kim Jong-il, Kadhafi ou encore Poutine, ont en commun, comme les Big Star, d’être des compositions - expr [...]

Tandis que la galerie Art & Public va surtout se concentrer sur les photographies de la série Big Star, montrant les faciès de célébrités tel que Jackie Chan ou Madonna, le CPG va porter son attention sur les portraits principalement de chefs d’états, en majorité autoritaires, voir dictatoriales. Les Leader, comme l’artiste a intitulé sa série, incluant Mao, Bush jr., Kim Jong-il, Kadhafi ou encore Poutine, ont en commun, comme les Big Star, d’être des compositions - expression à prendre au pied de la lettre. Ils sont tous constitués d’infimes fragments de portraits que l’artiste a pris de personnes rencontrées dans la rue et photographiées dans son studio, puis, montés minutieusement en un seul visage.

Ces « compositions populaires », c’est à dire ces portraits constitués avec la « chair » pixélisée du peuple, chinois en ce cas, n’ont pas le goût amer des monuments érigés à la gloire de dictateurs par des prisonniers, voir des prisonniers politiques, en tous les cas avec le sang du peuple opprimé, comme cela peut-être le cas du mausolée de Mao, par exemple, qui figure aussi dans le cabinet des horreurs de Zhang Wei. Ce sont justement toutes ces petites unités algorithmiques, transposées sur un écran qui configure les poils de barbes, les cils, les yeux, les lèvres ou les cheveux d’un leader politique, par exemple.

Si tant de petites unités prélevées sur le peuple constituent à la fin le visage du chef dominant son peuple, il est amusant de constater que dans le procédé noir et blanc de Zhang Wei, la couleur de la peau n’est plus un référant avec des citoyens chinois. Il compose les visages autant d’Obama que de Poutine. Ce travail de fourmi, un peu similaire à l’exercice de celui qui est sensé compter au service de l’empereur indien Sheram des grains de riz pour récompenser Sissa Ben Daher, l’inventeur du jeu des échecs, l’artiste va encore un pas plus loin que les corps transformés de la série « Black Notes ». Car ici, tout est factice ! Et pourtant, la ressemblance avec les modèles, c’est à dire avec les reproductions bidimensionnelles des politiciens de la scène globale, est presque identique. Mais seulement presque – un peu à la manière des « look like » dont des artistes tel que Matthieu Laurette ou Alison Jackson se sont si bien moqués. Ces figures entièrement greffées nous rappellent de près et de loin les guignols du théâtre de la politique mondiale.

Nous les connaissons pour une importante partie de la télévision et autres médias de masse et leurs reproductions à l’infini est égale à l’omniprésence des acteurs de cinéma et autres pop stars tels que Zhang Wei les exposent dans sa série Big Star. Ensemble (avec les Portrait en profil de femme inconnu), ils forment le Artificial Theatre, tel que l’artiste nomme ce complexe. Ce terme générique peut étonner par son aspect pléonastique, étant donné que le théâtre est par essence artificiel. Mais nous sommes tentés voir dans ce titre, une distinction de la notion baroque que Shakespeare par exemple employa en écrivant « Life is a theatre » (« La vie est un théâtre »). En effet, ces figures « vues à la télé » et censées nous noyer dans des bains d’émotion – s’ils tiennent la scène du soi-disant politique ou la scène du soi-disant « Zénith » – ils partagent tous ce semblant de jouer du théâtre, car, comme l’écrit Guy Debord « le spectacle ne chante pas les hommes et leurs armes, mais les marchandises et leurs passions ». À la manière de l’artiste, les photographies sont accrochées de façon à ce que le spectateur se trouve dans le champ des regards croisés des puissants du monde. Ils se regardent entre eux, dans un face-à-face qui rend notre position de spectateur inconfortable, voir encore plus vulnérable. Artificial Theater, Politic Serie, The Leader aurait aussi très bien pu figurer dans l’exposition fALSEfAKES, montrée en 2013 au CPG dans le cadre de la triennale des 50JPG, comme pièces exemplaires pour les possibles manipulations que « photoshop » nous offre aujourd’hui. Néanmoins, ces hommes d’état sont aussi les paravents des lobbys qui pour des intérêts purement financiers ne se ressoudent toujours pas à endiguer la destruction massive de la couche d’ozone et dont les dégâts du changement climatique sont, en négatif, visibles sur les grandes affiches collées à même le mur dans la salle précédente, conçue par Ursula Mumenthaler.


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