Gerhard Richter
UEBERMALTE FOTOGRAFIEN / PHOTOGRAPHIES PEINTES

20.02 — 12.04.2009

L’exposition UEBERMALTE FOTOGRAFIEN / PHOTOGRAPHIES PEINTES de Gerhard Richter présente au Centre de la photographie Genève (CPG) un volet de son œuvre inconnu jusqu’à ce jour. Seuls quelques collectionneurs proches étaient au courant d’une pratique que cet artiste, l’un des plus importants de ses contemporains, développe systématiquement depuis 1989. Longtemps, il a considéré cette production comme annexe, et ce n’est qu’à partir de cette exposition que ses quelques 1000 photographies peintes vont entrer dans son catalogue raisonné. Le CPG en présente environ 330.

Vernissage: 19.02.2009

Aujourd’hui – alors que Gerhard Richter vient juste de fêter ses 77 ans – cet aspect inconnu de son travail invite à une nouvelle lecture de l’ensemble son œuvre, qui oscille entre une peinture figurative ayant la photographie comme modèle et une peinture abstraite, renvoyant autant à des figures de l’abstraction géométrique que de l’abstraction informelle. En déposant la matière picturale sur des surfaces photosensibles exposées et développées, mais sans volonté exp [...]

Aujourd’hui – alors que Gerhard Richter vient juste de fêter ses 77 ans – cet aspect inconnu de son travail invite à une nouvelle lecture de l’ensemble son œuvre, qui oscille entre une peinture figurative ayant la photographie comme modèle et une peinture abstraite, renvoyant autant à des figures de l’abstraction géométrique que de l’abstraction informelle. En déposant la matière picturale sur des surfaces photosensibles exposées et développées, mais sans volonté expressive, Gerhard Richter renvoie chaque médium à sa spécificité et ouvre un champ de tension riche en paradoxes, aussi vieux que ce couple -peinture/photographie-, qui a déterminé pour une bonne part l’art moderne.

Un art du recyclage Chez Gerhard Richter, les premiers dépôts de peinture à l’huile sur des photographies sont dus à des accidents alors qu’il peignait des sujets les plus banals à partir de photographies trouvées, et qu’il y déposait une touche de peinture pour comparer le ton d’une couleur. En 1967 ou en 1969 déjà, apparaissent des gouttes et des giclures sur des photographies faisant partie de l’Atlas1, recueil de tous ses modèles. « Je n’avais pas osé, expliqua-t-il plus tard, montrer mes premières photographies peintes en public. C’est pour cela que je les ai intégrées d’abord dans l’Atlas.» Jusqu’en 1991, Gerhard Richter s’en sert surtout comme cadeaux. C’est en 1992 que sont publiées deux séries : Kassel, imprimés offset tachés de laque, et un groupe de 42 photographies peintes, réunies en un livre d'artiste, Sils2, par son ami, le curateur Hans Ulrich Obrist. Seules deux autres publications ont dévoilé ce travail développé dans un semi secret.3

La majeure partie des œuvres exposées sont au départ des photographies de qualité amateur au format standard de 10 x 15 cm, sorties de laboratoires industriels. Ce sont des photographies presque toutes prises par l’artiste, qui n’ont trouvé place ni dans sa collection d’image modèle pour ses peintures, l’Atlas, ni dans son propre album de famille. Pêle-mêle, on peut y distinguer des membres de sa famille, sa femme Sabine Moritz-Richter allaitant, des amis en train de jouer à la pétanque, des paysages de promenades dans le bois de Hahnwald à Cologne où il vit avec sa famille, des prises de vue dans son atelier à la Bismarckstrasse, des vues de lieux de vacances à Juist ou Sils-Maria, notamment.

Toutes ces photographies sont entassées dans une corbeille, dans laquelle il puise de façon hasardeuse, après une séance de travail sur ses peintures abstraites qu’il réalise avec un couteau géant. Alors, il pose simplement la photographie sur la peinture restant sur son outil s’il ne la fait glisser sur la couleur. Il peut aussi étaler la peinture sur le tirage avec une spatule, s’il ne laisse tomber des gouttes de peinture sciemment dessus. Il lui arrive même parfois de gratter ensuite la peinture déposée plus ou moins par hasard. Alors qu’il ne se sert que des restes de la masse picturale qu’il utilise pour ses toiles et de photographies bonnes pour la poubelle, on est tenté de parler ici d’un art du recyclage et du hasard.

Ainsi, une photographie de famille des plus banales peut prendre un aspect étrange, à la faveur d’un nuage de matière foncée qui assombrit l’horizon ; un rideau opaque de couleur de boue tombe sur un joli paysage verdoyant ; les ramifications de l’empreinte de la tache de couleur se substituent à la beauté de la nature photographiée ; une épaisse couche grise sur le dos de baigneurs agit comme une grossière protection solaire ; une pluie rouge s’abat sur un alpage idyllique ; une vague grosse et grasse risque d’engloutir un bébé. La simple représentation photographique d’un fragment du monde tangible peut, avec seulement quelques grammes de peinture, virer au cauchemar sous la spatule du peintre. En ne couvrant que partiellement ses photographies de famille ou de paysage – rarement on aperçoit une manifestation ou le Concorde par exemple – Gerhard Richter, avec une grande économie de moyens, charge de sens ce que Pierre Bourdieu appelait un « art moyen ». La photographie d’amateur, de famille, « retient uniquement ce qu’il y a d’ensoleillé, c’est à dire le contraire de la misère, de la peine et de la mort », comme le formule le peintre. Cette « vie faussée » de la photographie, Gerhard Richter la rectifie avec le mélange de peinture qu’il y dispose, de manière parfois fort bien calculée. Mais ses interventions ne sont pas que le retour du refoulé de la photographie de famille ; il modifie souvent l’espace avec ses interventions, donnant l’illusion de surfaces miroitantes, ou inscrivant en pleine montagne alpine un champ de blé à la Van Gogh.

Spécifier les médium utilisés La rencontre entre peinture et photographie, telle que l’artiste la provoque dans l’ensemble UEBERMALTE FOTOGRAFIEN / PHOTOGRAPHIES PEINTES, se fait au détriment de la complexité telle qu’il la cultive sciemment pour ses tableaux abstraits. Ainsi, l’artiste déclarait au sujet de ses peintures qu’il cherchait « des formes d’expression tout à fait contradictoires », mais que « malgré toutes les contradictions, le tableau devait être d’une seule et unique coulée»4. Dans les photographies peintes, l’artiste ne cherche pas une unification des contradictions. C’est au contraire le maintien des contradictions qui est ici constituant pour l’image, comme le fait remarquer Uwe M. Schneede dans le catalogue qui accompagne l’exposition. Gerhard Richter réussit à nous faire voir, avec une simplicité désarmante, que si la photographie peut bien être floue, la matière picturale déposée dessus sera toujours nette. Il en va de même pour les perspectives. Si la photographie nous donne l’illusion d’une profondeur, la couche colorée déposée sur la surface exposée nous rappelle qu’un coup de brosse est toujours d’abord l’affirmation d’un plan, un dépôt de matière sur une surface bidimensionelle. C’est ainsi que l’artiste peut même avancer que la peinture est plus réelle que la photographie. Markus Heinzelmann, curateur de l’exposition et éditeur du catalogue, note que dans cette dynamique, la peinture non-figurative potentialise l’aspect narratif de la photographie en ouvrant des espaces vides pour des interprétations, tout en les remplissant par là même avec un certain contenu auto narratif. Avec le choix de ces motifs banals, le peintre reste fidèle à ses premiers engagements, quand il peignait en noir et blanc des photographies de presse, légèrement floues, se rapprochant ainsi de l’art Pop du début des années 1960. Le choix de sujets banals correspondait à sa préoccupation d’une peinture « qui s’écarte de l’art 5». Les photographies de famille sont également démunies de prétention artistique. Croire que nous allons apprendre quelque chose de la vie intime de l’artiste à travers ses photographies les plus personnelles est un leurre, car les photographies de ce genre sont, mis à part les visages représentés, complètement interchangeables et correspondent aux clichés les plus répandus de nos jours : des millions de gens produisent de telles images photographiques à travers le monde. Mais, à l’opposé de ses peintures qu’il ne veut absolument pas élaborer dans une seule humeur (il couvre ses toiles abstraites de maintes couches de couleurs des semaines durant), ses photographies sont peintes dans l’immédiateté. Ce sont des instantanés tant sur le plan photographique que pictural. L’artiste appuie sur le déclencheur comme il applique un dépôt de peinture sur une photographie : d’un seul geste.

Par ailleurs, on peut relever deux autres dimensions temporelles dans ces photographies peintes. Certaines, les plus anciennes, sont déjà en train de virer ; leurs couleurs s’estompent et rendent perceptible le temps écoulé depuis la sortie du tirage. Et, parfois, la date de prise de vue figure sur la photographie, incrustée en bas à droite. Mais attention, les dates qui valent, de manière exclusive, pour titres de ces œuvres, ne correspondent ni à la date de la prise de vue, ni précisément à celle de leur création. Gerhard Richter les attribue en effet de manière à ce qu’à chaque jour puisse ne correspondre qu’une seule de ses photographies peintes. Le pari est tenu, à deux ou trois exceptions près, depuis maintenant 20 ans. Ce protocole peut faire penser au « date-paintings » d’On Kawara et l’on est pas surpris de lire, au dos d’une des rares cartes postales passées à la spatule colorée de l’artiste, de sa main : « I’m still Alive ! »

1. « Atlas » de Gerhard Richter est une collection de photographies issues, à ses débuts en 1962, de magazines, journaux, livres et albums de famille ; puis composée principalement de photographies prises par l’artiste lui-même et regroupées thématiquement sur des planches -plus de 800 aujourd’hui- ; et enfin augmentée ensuite également d’esquisses, de projets d’accrochage.

2. Gerhard Richter, Sils, édité par Hans Ulrich Obrist, Oktogon Verlag, Munich et Stuttgart, 1992.

3. Gerhard Richter, Dietmar Elger, Florence, Hatje-Cantz Verlag, Stuttgart, 2002 ; Gerhard Richter, City Life per Contempoartensemble, édité par Gli Ori, Prato, 2002.

4. Interview avec Dorothea Dietrich, 1985, dans Gerhard Richter. Text 1961 bis 2007, Schriften, Interviews, Briefe, édité par Dietmar Elger et Hans Ulrich Obrist, Verlag der Buchhandlung Walther König, Cologne, 2008.

5. « Ein Schritt weg von der Kunst » a écrit Gerhard Richter dans un texte du 10 octobre 1973 dans Gerhard Richter. Text 1961 bis 2007, Schriften, Interviews, Briefe, édité par Dietmar Elger et Hans Ulrich Obrist, Verlag der Buchhandlung Walther König, Cologne, 2008.


Soutiens

Avec le généreux soutien de(s) partenaire(s) suivant(s)

Fiche d'artiste

Gerhard Richter * 1932 à Dresden, vit à Cologne

Aujourd’hui – alors que Gerhard Richter vient juste de fêter ses 77 ans – cet aspect inconnu de son travail invite à une nouvelle lecture de l’ensemble son œuvre, qui oscille entre une peinture figurative ayant la photographie comme modèle et une peinture abstraite, renvoyant autant à des figures de l’abstraction géométrique que de l’abstraction informelle. En déposant la matière picturale sur des surfaces photosensibles exposées et développées, mais sans volonté exp [...]

Aujourd’hui – alors que Gerhard Richter vient juste de fêter ses 77 ans – cet aspect inconnu de son travail invite à une nouvelle lecture de l’ensemble son œuvre, qui oscille entre une peinture figurative ayant la photographie comme modèle et une peinture abstraite, renvoyant autant à des figures de l’abstraction géométrique que de l’abstraction informelle. En déposant la matière picturale sur des surfaces photosensibles exposées et développées, mais sans volonté expressive, Gerhard Richter renvoie chaque médium à sa spécificité et ouvre un champ de tension riche en paradoxes, aussi vieux que ce couple -peinture/photographie-, qui a déterminé pour une bonne part l’art moderne.

Un art du recyclage Chez Gerhard Richter, les premiers dépôts de peinture à l’huile sur des photographies sont dus à des accidents alors qu’il peignait des sujets les plus banals à partir de photographies trouvées, et qu’il y déposait une touche de peinture pour comparer le ton d’une couleur. En 1967 ou en 1969 déjà, apparaissent des gouttes et des giclures sur des photographies faisant partie de l’Atlas1, recueil de tous ses modèles. « Je n’avais pas osé, expliqua-t-il plus tard, montrer mes premières photographies peintes en public. C’est pour cela que je les ai intégrées d’abord dans l’Atlas.» Jusqu’en 1991, Gerhard Richter s’en sert surtout comme cadeaux. C’est en 1992 que sont publiées deux séries : Kassel, imprimés offset tachés de laque, et un groupe de 42 photographies peintes, réunies en un livre d'artiste, Sils2, par son ami, le curateur Hans Ulrich Obrist. Seules deux autres publications ont dévoilé ce travail développé dans un semi secret.3

La majeure partie des œuvres exposées sont au départ des photographies de qualité amateur au format standard de 10 x 15 cm, sorties de laboratoires industriels. Ce sont des photographies presque toutes prises par l’artiste, qui n’ont trouvé place ni dans sa collection d’image modèle pour ses peintures, l’Atlas, ni dans son propre album de famille. Pêle-mêle, on peut y distinguer des membres de sa famille, sa femme Sabine Moritz-Richter allaitant, des amis en train de jouer à la pétanque, des paysages de promenades dans le bois de Hahnwald à Cologne où il vit avec sa famille, des prises de vue dans son atelier à la Bismarckstrasse, des vues de lieux de vacances à Juist ou Sils-Maria, notamment.

Toutes ces photographies sont entassées dans une corbeille, dans laquelle il puise de façon hasardeuse, après une séance de travail sur ses peintures abstraites qu’il réalise avec un couteau géant. Alors, il pose simplement la photographie sur la peinture restant sur son outil s’il ne la fait glisser sur la couleur. Il peut aussi étaler la peinture sur le tirage avec une spatule, s’il ne laisse tomber des gouttes de peinture sciemment dessus. Il lui arrive même parfois de gratter ensuite la peinture déposée plus ou moins par hasard. Alors qu’il ne se sert que des restes de la masse picturale qu’il utilise pour ses toiles et de photographies bonnes pour la poubelle, on est tenté de parler ici d’un art du recyclage et du hasard.

Ainsi, une photographie de famille des plus banales peut prendre un aspect étrange, à la faveur d’un nuage de matière foncée qui assombrit l’horizon ; un rideau opaque de couleur de boue tombe sur un joli paysage verdoyant ; les ramifications de l’empreinte de la tache de couleur se substituent à la beauté de la nature photographiée ; une épaisse couche grise sur le dos de baigneurs agit comme une grossière protection solaire ; une pluie rouge s’abat sur un alpage idyllique ; une vague grosse et grasse risque d’engloutir un bébé. La simple représentation photographique d’un fragment du monde tangible peut, avec seulement quelques grammes de peinture, virer au cauchemar sous la spatule du peintre. En ne couvrant que partiellement ses photographies de famille ou de paysage – rarement on aperçoit une manifestation ou le Concorde par exemple – Gerhard Richter, avec une grande économie de moyens, charge de sens ce que Pierre Bourdieu appelait un « art moyen ». La photographie d’amateur, de famille, « retient uniquement ce qu’il y a d’ensoleillé, c’est à dire le contraire de la misère, de la peine et de la mort », comme le formule le peintre. Cette « vie faussée » de la photographie, Gerhard Richter la rectifie avec le mélange de peinture qu’il y dispose, de manière parfois fort bien calculée. Mais ses interventions ne sont pas que le retour du refoulé de la photographie de famille ; il modifie souvent l’espace avec ses interventions, donnant l’illusion de surfaces miroitantes, ou inscrivant en pleine montagne alpine un champ de blé à la Van Gogh.

Spécifier les médium utilisés La rencontre entre peinture et photographie, telle que l’artiste la provoque dans l’ensemble UEBERMALTE FOTOGRAFIEN / PHOTOGRAPHIES PEINTES, se fait au détriment de la complexité telle qu’il la cultive sciemment pour ses tableaux abstraits. Ainsi, l’artiste déclarait au sujet de ses peintures qu’il cherchait « des formes d’expression tout à fait contradictoires », mais que « malgré toutes les contradictions, le tableau devait être d’une seule et unique coulée»4. Dans les photographies peintes, l’artiste ne cherche pas une unification des contradictions. C’est au contraire le maintien des contradictions qui est ici constituant pour l’image, comme le fait remarquer Uwe M. Schneede dans le catalogue qui accompagne l’exposition. Gerhard Richter réussit à nous faire voir, avec une simplicité désarmante, que si la photographie peut bien être floue, la matière picturale déposée dessus sera toujours nette. Il en va de même pour les perspectives. Si la photographie nous donne l’illusion d’une profondeur, la couche colorée déposée sur la surface exposée nous rappelle qu’un coup de brosse est toujours d’abord l’affirmation d’un plan, un dépôt de matière sur une surface bidimensionelle. C’est ainsi que l’artiste peut même avancer que la peinture est plus réelle que la photographie. Markus Heinzelmann, curateur de l’exposition et éditeur du catalogue, note que dans cette dynamique, la peinture non-figurative potentialise l’aspect narratif de la photographie en ouvrant des espaces vides pour des interprétations, tout en les remplissant par là même avec un certain contenu auto narratif. Avec le choix de ces motifs banals, le peintre reste fidèle à ses premiers engagements, quand il peignait en noir et blanc des photographies de presse, légèrement floues, se rapprochant ainsi de l’art Pop du début des années 1960. Le choix de sujets banals correspondait à sa préoccupation d’une peinture « qui s’écarte de l’art 5». Les photographies de famille sont également démunies de prétention artistique. Croire que nous allons apprendre quelque chose de la vie intime de l’artiste à travers ses photographies les plus personnelles est un leurre, car les photographies de ce genre sont, mis à part les visages représentés, complètement interchangeables et correspondent aux clichés les plus répandus de nos jours : des millions de gens produisent de telles images photographiques à travers le monde. Mais, à l’opposé de ses peintures qu’il ne veut absolument pas élaborer dans une seule humeur (il couvre ses toiles abstraites de maintes couches de couleurs des semaines durant), ses photographies sont peintes dans l’immédiateté. Ce sont des instantanés tant sur le plan photographique que pictural. L’artiste appuie sur le déclencheur comme il applique un dépôt de peinture sur une photographie : d’un seul geste.

Par ailleurs, on peut relever deux autres dimensions temporelles dans ces photographies peintes. Certaines, les plus anciennes, sont déjà en train de virer ; leurs couleurs s’estompent et rendent perceptible le temps écoulé depuis la sortie du tirage. Et, parfois, la date de prise de vue figure sur la photographie, incrustée en bas à droite. Mais attention, les dates qui valent, de manière exclusive, pour titres de ces œuvres, ne correspondent ni à la date de la prise de vue, ni précisément à celle de leur création. Gerhard Richter les attribue en effet de manière à ce qu’à chaque jour puisse ne correspondre qu’une seule de ses photographies peintes. Le pari est tenu, à deux ou trois exceptions près, depuis maintenant 20 ans. Ce protocole peut faire penser au « date-paintings » d’On Kawara et l’on est pas surpris de lire, au dos d’une des rares cartes postales passées à la spatule colorée de l’artiste, de sa main : « I’m still Alive ! »

1. « Atlas » de Gerhard Richter est une collection de photographies issues, à ses débuts en 1962, de magazines, journaux, livres et albums de famille ; puis composée principalement de photographies prises par l’artiste lui-même et regroupées thématiquement sur des planches -plus de 800 aujourd’hui- ; et enfin augmentée ensuite également d’esquisses, de projets d’accrochage.

2. Gerhard Richter, Sils, édité par Hans Ulrich Obrist, Oktogon Verlag, Munich et Stuttgart, 1992.

3. Gerhard Richter, Dietmar Elger, Florence, Hatje-Cantz Verlag, Stuttgart, 2002 ; Gerhard Richter, City Life per Contempoartensemble, édité par Gli Ori, Prato, 2002.

4. Interview avec Dorothea Dietrich, 1985, dans Gerhard Richter. Text 1961 bis 2007, Schriften, Interviews, Briefe, édité par Dietmar Elger et Hans Ulrich Obrist, Verlag der Buchhandlung Walther König, Cologne, 2008.

5. « Ein Schritt weg von der Kunst » a écrit Gerhard Richter dans un texte du 10 octobre 1973 dans Gerhard Richter. Text 1961 bis 2007, Schriften, Interviews, Briefe, édité par Dietmar Elger et Hans Ulrich Obrist, Verlag der Buchhandlung Walther König, Cologne, 2008.


Vue d'exposition

En relation