Jean-Charles Massera – Transition attentionnelle volet 1 : « L’enfouissement de la puissance »

04.12.2019 — 02.02.2020

Vernissage: 03.12.2019 18:00

Légende image :

© Jean-Charles Massera, Sans titre, 2019

 

TRANSITION ATTENTIONNELLE

VOLET 1 : « L’ENFOUISSEMENT DE LA PUISSANCE »

Jean-Charles Massera écrit au sujet de son exposition au Centre de la photographie Genève : « La Transition Attentionnelle est un rêve, le rêve d’un imaginaire et d’une culture dont les objectifs « à horizon 2022 » ne seraient plus d’atteindre les « 10 milliards d’euros de synergies » ou « de devenir la deuxième entreprise privée à dépasser le seuil des 1.000 milliards de dollars [...]

TRANSITION ATTENTIONNELLE

VOLET 1 : « L’ENFOUISSEMENT DE LA PUISSANCE »

Jean-Charles Massera écrit au sujet de son exposition au Centre de la photographie Genève : « La Transition Attentionnelle est un rêve, le rêve d’un imaginaire et d’une culture dont les objectifs « à horizon 2022 » ne seraient plus d’atteindre les « 10 milliards d’euros de synergies » ou « de devenir la deuxième entreprise privée à dépasser le seuil des 1.000 milliards de dollars de capitalisation », mais ceux d’une attention portée à des visées autres que celles indexées sur des logiques de croissance, d’expansion, de puissance et de domination… Des logiques de croissance, d’expansion, de puissance et de domination générées par un système de pensée, de représentation et de projection (du monde et des actions que ce même monde requiert) conduisant de toute évidence à notre propre destruction.

Imaginer des représentations à notre échelle (et non plus à celles des intérêts que nous servons), des images qui remonteraient le cours de l’Histoire et de notre formation « d’homme » et de « femme »… Zoomer sur un moment où ça a peut-être bugué (car ça a clairement bugué). Remettre en scène nos corps et nos désirs à d’autres endroits que ceux que nous ont assignés notre imaginaire et notre culture… Désessentialiser – dégenrer (enfin) – et redistribuer les rôles… Se dessaisir de certaines formes d’exercice du pouvoir et de la puissance… Reconstruire des représentations où les énergies et les désirs à l’œuvre se réorienteraient – se canaliseraient – vers des visées, des possibilités autres… Rêve d’en sortir.

Mais déjà, commencer par procéder à l’enfouissement d’une puissance dont on a perdu le contrôle. »

Jean-Charles Massera s’est d’abord fait connaître en tant qu’écrivain. Il a écrit au sujet d’artistes contemporains tels que Vito Acconci, Martha Rosler, Stan Douglas, Eija-Liisa Ahtila, Felix Gonzalez-Torres, Suzanne Lafont, Pierre Huyghe et des cinéastes tel que Jean-Luc Godard, Wong Kar-Wai, Nanni Moretti ou encre Pier Paolo Pasolini. Les éditions du MIT ont publié ses textes critiques tandis que ses écrits littéraires ont été publiés par les éditions P.O.L. aux titres programmatiques tels que France guide de l’utilisateur (1998), Amour, gloire et CAC 40 (1999), United emmerdements of New Order précédé de United problems of coût de la main-d’œuvre (2002) (et sous le nom de Jean de la Ciotat Jean de la Ciotat confirme : du Mont Ventoux au Chrono des Balmes - Une saison (2004). Les éditions Verticales ont fait paraître Jean de La Ciotat, La légende (2007), A cauchemar is born (2007), et We Are L’Europe (2009).

Puis, l’artiste a prolongé son travail avec les mots en y associant des images photographiques et vidéos ou des compositions sonores tels qu’il les a montrés à la Kunsthalle Freiburg en 2010 dans l’exposition Corporate everything, à l’IAC Villeurbanne en 2010 avec Kiss My Mondialisation ou encore au MAC VAL en 2015 avec Chercher le garçon. À partir de 2010, il se lance aussi dans la mise en scène de vidéo, voire de vidéo musicale, et réalise surtout pour France-Culture des fictions radiophoniques tout en poursuivant ses collaborations dans le théâtre avec des metteurs en scène aussi reconnus tels que Brigitte Mounier, Jean-Pierre Vincent, ou encore Benoît Lambert, avec qui il vient de présenter leur troisième collaboration How Deep is your usage de l’art ? (Nature Morte).

Le choix des différents mediums est chez Jean-Charles Massera aussi lié à son souci de ne pas s’enfermer juste dans le milieu de l’art contemporain et d’atteindre d’autres publics et plus larges, comme celui de la radio. Il n’est pas étonnant que l’artiste a, pour les mêmes raisons, une prédilection pour l’espace public, voire pour les panneaux d’affichages. L’exposition au Centre de la photographie Genève se déroulera pour une partie donc, dans les rues de la Ville de Genève, une pratique initiée depuis l’affichage sauvage avec Michel François en 2002. Les affiches s’adressent au regardeur, sans mettre en avant un message invitant à la consommation (qu’elle concerne des voitures ou des concerts). Il n’y a pas de logo et le geste est purement gratuit. Une photographie et une phrase non prévues de se retrouver ensemble s’entrechoquent, pour un message qui se situe à l’opposé de la pollution publicitaire de nos espaces encore appelés publics. Deux sujets photographiques (une personne avec un masque de zèbre devant un mur monochrome et une personne à genoux devant une voiture jouant à la petite voiture) sont coupés en deux, plus ou moins au milieu de l’affiche, par des phrases tels que nos outils digitaux nous les adressent quotidiennement, dans la même idée que il semble que votre système n’est pas chargé correctement. La subtilité du détournement du langage par l’artiste-écrivain tient ici dans l’acceptation de l’expression « votre système ». Aussitôt que nous le remplaçons par exemple par « notre système », nous sommes tout de suite amenés à définir le nous, pour s’apercevoir que le système que NOUS souhaitons n’a pas grand chose à voir avec leur système, par exemple celui de Microsoft ou d’Apple ou plus généralement, avec le système qui régit nos sociétés. Quelques-unes des affiches seront aussi collées dans l’espace d’entrée du Centre de la photographie Genève. Une série de photographies spécialement conçue pour l’exposition genevoise sera collée à même le mur, sans aucun texte. Les 9 photographies horizontales montrent principalement une jeune fille d’une dizaine d’années et sa mère, les deux complètement absorbées par le jeu avec un des objets de la domination masculine, la voiture, à l’exception de deux images qui font rentrer L’homme (générique) dans la proposition de Jean-Charles Massera. Les photographies collées à même le mur seront rythmées par trois écrans plats présentant trois vidéos différentes, toutes réalisées durant les trois dernières années. GROWTH CAN DANCE (2016) semble porter les relations de pouvoir et la hiérarchie dans l’organisation et les espaces de travail des grandes entreprises, mais dans le même temps, une manager de haut niveau mange des biscuits au chocolat perchée sur la nacelle d’un chariot élévateur, pendant que ses assistants managers jouent au camion et à la pelleteuse en jouet...
 Alors peut-être que Growth Can Dance explore autre chose… Peut-être que Growth Can Dance est un rêve – le rêve d’un rythme de travail qui pourrait être ralenti, un rêve où une conférence téléphonique deviendrait une expérience sensuelle, un rêve où les différences de genre disparaîtraient et où les relations de pouvoir seraient désactivées…

Puis, La Quadrature des sentiments externalisés (2018) met en scène une sorte de relecture de Pierre Bourdieu et de Mario Kart, qui chancelle entre prise de conscience récente et force de l’habitude. En l’occurence, un quinquagénaire aisé qui met soudainement en doute ce qu’il croyait être, ce qu’il croyait aimer...Au volant d’une voiturette de golf, il se balade dans un parc au bord d’un sublime étang. Avenant, il propose à un promeneur de l’avancer un peu. Après avoir échangé quelques banalités d’usage, il raconte que suite à une discussion anodine avec sa fille et son copain, il n’est plus sûr d’être maître de ses goûts et de ses désirs… Commence alors une étrange confession…

La troisième vidéo, The Senior Manager who is Trying to take a Break (2015), met scène une femme, cadre supérieure accro au travail. Sur les conseils d’amis, elle fait une pause. Après avoir acheté des chaussures de loisir, elle se retrouve dans un parc, expérimentant pour la toute première fois ce qu’est un week-end. Mais elle ne sait pas comment se comporter dans une telle situation....

L’exposition TRANSITION ATTENTIONNELLE VOLET 1 : « L’ENFOUISSEMENT DE LA PUISSANCE » s’inscrit dans une nouvelle voie de programmation que le Centre de la photographie a entreprit, ces dernières années : la relation entre littérature et photographie, entamé avec l’exposition D’un touriste de Christophe Rey l’année dernière. La chercheuse et universitaire Marcia Arbex était venu à l’occasion pour parler des relations entre photographie et littérature dans l’œuvre de Michel Butor. Dans le même esprit, le Centre de la photographie Genève accueillera le soir du 5 décembre les deux écrivains Gabriella Zalapi et Mathias Howald, qui viendront parler de Rencontre histoires de famille : quand écriture et photographie s’en mêlent, collaboration avec Maison Rousseau & de la Littérature. Et le 21 janvier Pascal Beausse, critique, curateur et directeur du département de photographie au Centre national des arts plastiques à Paris, viendra converser avec Jean-Charles Massera au sujet de son œuvre.

 


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Fiche d'artiste

Jean-Charles Massera * 1965 à Mantes-la-Jolie, vit à Paris et Berlin

TRANSITION ATTENTIONNELLE

VOLET 1 : « L’ENFOUISSEMENT DE LA PUISSANCE »

Jean-Charles Massera écrit au sujet de son exposition au Centre de la photographie Genève : « La Transition Attentionnelle est un rêve, le rêve d’un imaginaire et d’une culture dont les objectifs « à horizon 2022 » ne seraient plus d’atteindre les « 10 milliards d’euros de synergies » ou « de devenir la deuxième entreprise privée à dépasser le seuil des 1.000 milliards de dollars [...]

TRANSITION ATTENTIONNELLE

VOLET 1 : « L’ENFOUISSEMENT DE LA PUISSANCE »

Jean-Charles Massera écrit au sujet de son exposition au Centre de la photographie Genève : « La Transition Attentionnelle est un rêve, le rêve d’un imaginaire et d’une culture dont les objectifs « à horizon 2022 » ne seraient plus d’atteindre les « 10 milliards d’euros de synergies » ou « de devenir la deuxième entreprise privée à dépasser le seuil des 1.000 milliards de dollars de capitalisation », mais ceux d’une attention portée à des visées autres que celles indexées sur des logiques de croissance, d’expansion, de puissance et de domination… Des logiques de croissance, d’expansion, de puissance et de domination générées par un système de pensée, de représentation et de projection (du monde et des actions que ce même monde requiert) conduisant de toute évidence à notre propre destruction.

Imaginer des représentations à notre échelle (et non plus à celles des intérêts que nous servons), des images qui remonteraient le cours de l’Histoire et de notre formation « d’homme » et de « femme »… Zoomer sur un moment où ça a peut-être bugué (car ça a clairement bugué). Remettre en scène nos corps et nos désirs à d’autres endroits que ceux que nous ont assignés notre imaginaire et notre culture… Désessentialiser – dégenrer (enfin) – et redistribuer les rôles… Se dessaisir de certaines formes d’exercice du pouvoir et de la puissance… Reconstruire des représentations où les énergies et les désirs à l’œuvre se réorienteraient – se canaliseraient – vers des visées, des possibilités autres… Rêve d’en sortir.

Mais déjà, commencer par procéder à l’enfouissement d’une puissance dont on a perdu le contrôle. »

Jean-Charles Massera s’est d’abord fait connaître en tant qu’écrivain. Il a écrit au sujet d’artistes contemporains tels que Vito Acconci, Martha Rosler, Stan Douglas, Eija-Liisa Ahtila, Felix Gonzalez-Torres, Suzanne Lafont, Pierre Huyghe et des cinéastes tel que Jean-Luc Godard, Wong Kar-Wai, Nanni Moretti ou encre Pier Paolo Pasolini. Les éditions du MIT ont publié ses textes critiques tandis que ses écrits littéraires ont été publiés par les éditions P.O.L. aux titres programmatiques tels que France guide de l’utilisateur (1998), Amour, gloire et CAC 40 (1999), United emmerdements of New Order précédé de United problems of coût de la main-d’œuvre (2002) (et sous le nom de Jean de la Ciotat Jean de la Ciotat confirme : du Mont Ventoux au Chrono des Balmes - Une saison (2004). Les éditions Verticales ont fait paraître Jean de La Ciotat, La légende (2007), A cauchemar is born (2007), et We Are L’Europe (2009).

Puis, l’artiste a prolongé son travail avec les mots en y associant des images photographiques et vidéos ou des compositions sonores tels qu’il les a montrés à la Kunsthalle Freiburg en 2010 dans l’exposition Corporate everything, à l’IAC Villeurbanne en 2010 avec Kiss My Mondialisation ou encore au MAC VAL en 2015 avec Chercher le garçon. À partir de 2010, il se lance aussi dans la mise en scène de vidéo, voire de vidéo musicale, et réalise surtout pour France-Culture des fictions radiophoniques tout en poursuivant ses collaborations dans le théâtre avec des metteurs en scène aussi reconnus tels que Brigitte Mounier, Jean-Pierre Vincent, ou encore Benoît Lambert, avec qui il vient de présenter leur troisième collaboration How Deep is your usage de l’art ? (Nature Morte).

Le choix des différents mediums est chez Jean-Charles Massera aussi lié à son souci de ne pas s’enfermer juste dans le milieu de l’art contemporain et d’atteindre d’autres publics et plus larges, comme celui de la radio. Il n’est pas étonnant que l’artiste a, pour les mêmes raisons, une prédilection pour l’espace public, voire pour les panneaux d’affichages. L’exposition au Centre de la photographie Genève se déroulera pour une partie donc, dans les rues de la Ville de Genève, une pratique initiée depuis l’affichage sauvage avec Michel François en 2002. Les affiches s’adressent au regardeur, sans mettre en avant un message invitant à la consommation (qu’elle concerne des voitures ou des concerts). Il n’y a pas de logo et le geste est purement gratuit. Une photographie et une phrase non prévues de se retrouver ensemble s’entrechoquent, pour un message qui se situe à l’opposé de la pollution publicitaire de nos espaces encore appelés publics. Deux sujets photographiques (une personne avec un masque de zèbre devant un mur monochrome et une personne à genoux devant une voiture jouant à la petite voiture) sont coupés en deux, plus ou moins au milieu de l’affiche, par des phrases tels que nos outils digitaux nous les adressent quotidiennement, dans la même idée que il semble que votre système n’est pas chargé correctement. La subtilité du détournement du langage par l’artiste-écrivain tient ici dans l’acceptation de l’expression « votre système ». Aussitôt que nous le remplaçons par exemple par « notre système », nous sommes tout de suite amenés à définir le nous, pour s’apercevoir que le système que NOUS souhaitons n’a pas grand chose à voir avec leur système, par exemple celui de Microsoft ou d’Apple ou plus généralement, avec le système qui régit nos sociétés. Quelques-unes des affiches seront aussi collées dans l’espace d’entrée du Centre de la photographie Genève. Une série de photographies spécialement conçue pour l’exposition genevoise sera collée à même le mur, sans aucun texte. Les 9 photographies horizontales montrent principalement une jeune fille d’une dizaine d’années et sa mère, les deux complètement absorbées par le jeu avec un des objets de la domination masculine, la voiture, à l’exception de deux images qui font rentrer L’homme (générique) dans la proposition de Jean-Charles Massera. Les photographies collées à même le mur seront rythmées par trois écrans plats présentant trois vidéos différentes, toutes réalisées durant les trois dernières années. GROWTH CAN DANCE (2016) semble porter les relations de pouvoir et la hiérarchie dans l’organisation et les espaces de travail des grandes entreprises, mais dans le même temps, une manager de haut niveau mange des biscuits au chocolat perchée sur la nacelle d’un chariot élévateur, pendant que ses assistants managers jouent au camion et à la pelleteuse en jouet...
 Alors peut-être que Growth Can Dance explore autre chose… Peut-être que Growth Can Dance est un rêve – le rêve d’un rythme de travail qui pourrait être ralenti, un rêve où une conférence téléphonique deviendrait une expérience sensuelle, un rêve où les différences de genre disparaîtraient et où les relations de pouvoir seraient désactivées…

Puis, La Quadrature des sentiments externalisés (2018) met en scène une sorte de relecture de Pierre Bourdieu et de Mario Kart, qui chancelle entre prise de conscience récente et force de l’habitude. En l’occurence, un quinquagénaire aisé qui met soudainement en doute ce qu’il croyait être, ce qu’il croyait aimer...Au volant d’une voiturette de golf, il se balade dans un parc au bord d’un sublime étang. Avenant, il propose à un promeneur de l’avancer un peu. Après avoir échangé quelques banalités d’usage, il raconte que suite à une discussion anodine avec sa fille et son copain, il n’est plus sûr d’être maître de ses goûts et de ses désirs… Commence alors une étrange confession…

La troisième vidéo, The Senior Manager who is Trying to take a Break (2015), met scène une femme, cadre supérieure accro au travail. Sur les conseils d’amis, elle fait une pause. Après avoir acheté des chaussures de loisir, elle se retrouve dans un parc, expérimentant pour la toute première fois ce qu’est un week-end. Mais elle ne sait pas comment se comporter dans une telle situation....

L’exposition TRANSITION ATTENTIONNELLE VOLET 1 : « L’ENFOUISSEMENT DE LA PUISSANCE » s’inscrit dans une nouvelle voie de programmation que le Centre de la photographie a entreprit, ces dernières années : la relation entre littérature et photographie, entamé avec l’exposition D’un touriste de Christophe Rey l’année dernière. La chercheuse et universitaire Marcia Arbex était venu à l’occasion pour parler des relations entre photographie et littérature dans l’œuvre de Michel Butor. Dans le même esprit, le Centre de la photographie Genève accueillera le soir du 5 décembre les deux écrivains Gabriella Zalapi et Mathias Howald, qui viendront parler de Rencontre histoires de famille : quand écriture et photographie s’en mêlent, collaboration avec Maison Rousseau & de la Littérature. Et le 21 janvier Pascal Beausse, critique, curateur et directeur du département de photographie au Centre national des arts plastiques à Paris, viendra converser avec Jean-Charles Massera au sujet de son œuvre.

 


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