GREGOR SAILER
THE POTEMKIN VILLAGE

02.07 — 23.09.2018

UNE EXPOSITION DU CENTRE DE LA PHOTOGRAPHIE GENÈVE POUR LES RENCONTRES DE LA PHOTOGRAPHIE D’ARLES 2018

L’expression « village Potemkine » remonte au Prince Grigory Aleksandrovich Potemkine, ministre russe qui, pour masquer la pauvreté des villages lors de la visite de l’impératrice Catherine II la Grande en Crimée en 1787, aurait prétendument fait ériger des villages entiers faits de façades en carton-pâte. Gregor Sailer documente ici ce phénomène architectural en photographiant entre 2015 et 2017 les villages Potemkine modernes : des centres d’exercice militaire aux États-Unis et en Europe aux répliques de villes européennes en Chine, en passant par des pistes d’essais de véhicules en Suède ou encore des rues entières mises en scène pour la visite de personnalités politiques en Russie. Les images de Gregor Sailer sont autant une méditation sur l’architecture contemporaine que sur la falsification du réel tangible.

Vernissage: 04.07.2018 16:00

CURATEUR : JOERG BADER

Exposition coproduite par les Rencontres d’Arles et le CPG, avec le soutien du Forum culturel autrichien, Paris

Cloître Sainte-Trophime, Arles
de 9:00 à 19:00, dernière entrée à 18:30

JEUDI 05.07.2018 de 17:00 à 18:00 : Discussion entre Gregor Sailer, Pascal Beausse et Joerg Bader
à L’École Nationale Supérieure de Photographie (ENSP), Arles

Informations et billetterie : www.rencontres-arles.com

DU lundi 02.07.2018 AU MARDI 25.09.2018 de 10:00 à 19:30 : publications des Éditions CPG à l’espace Le nonante-neuf
La Croisière, 65 boulevard Émile Combes, Arles
Entrée libre
www.rencontres-arles.com/fr/expositions/view/374/le-nonante-neuf

DU mercredi 27.02.2019 à 04.2019 : Exposition The Potemkine Village
au Centre de la photographie Genève (CPG)

La série The Potemkin Village de Gregor Sailer joue de façon très sophistiquée sur une sorte de double tromperie. Les « villages potemkiniens » que l’artiste a identifiés aux quatre coins de l’hémisphère nord, que ce soit en France, en Allemagne, en Angleterre, en Russie, en Chine ou aux États-Unis, sont très souvent photographiés de face, l’une des caractéristiques du style documentaire tel qu’Olivier Lugon l’a fort bien défini dans son livre Le style documentaire. C [...]

La série The Potemkin Village de Gregor Sailer joue de façon très sophistiquée sur une sorte de double tromperie. Les « villages potemkiniens » que l’artiste a identifiés aux quatre coins de l’hémisphère nord, que ce soit en France, en Allemagne, en Angleterre, en Russie, en Chine ou aux États-Unis, sont très souvent photographiés de face, l’une des caractéristiques du style documentaire tel qu’Olivier Lugon l’a fort bien défini dans son livre Le style documentaire. Ce style – une description du monde tangible – peut par exemple faire apparaître les structures sociales qui nous régissent à partir de l’architecture ; mais il est surtout porté par l’ambition d’énoncer certaines vérités sur les rapports de force dans nos sociétés. Mais voilà qu’à peu près toutes les façades présentées dans cette exposition sont fausses. Elles font croire à des usages dont les bâtiments ne remplissent pas du tout les fonctions.

Ainsi, le wallpaper qui ouvre l’exposition représentant un village français dans l’esprit « force tranquille » n’a au fond rien d’idyllique, tout comme le wallpaper à sa gauche qui montre le centre d’une nouvelle ville postmoderne en France. Les deux vues sont en fait issues de sites d’entraînement militaire de l’armée française (à Beauséjour et Jeoffrécourt), à l’image des 24 villages de style oriental situés à 10’000 km de la mer Méditerranée dans le désert Mojave et construits par les États-Unis pour leur entraînement à la guerre en Iraq, Afghanistan, Syrie et ailleurs.

Plus loin dans le parcours de l’exposition, les petites maisons d’esprit scandinave n’hébergent personne non plus ; leurs façades ont juste été dressées pour simuler un village dédié à la sécurité routière suédoise. Et pour terminer, sur la droite, la façade du grand immeuble de bureaux n’a jamais existé non plus. C’est juste une bâche sur laquelle l’illusion de la façade d’un bâtiment administratif a été imprimée et qui est accrochée parmi d’autres dans les rue de Souzdal, ville où le président Poutine a reçu les dirigeants du BRIC et d’autres diplomates en 2015. Mais comme la ville hôte n’était pas vraiment présentable, des « villages potemkiniens » ont été dressés dans des paysages de neige pour faire bonne figure, exactement à l’image de ceux que le maréchal Grigori Aleksandrovitch Potemkine avait – selon la légende – fait dresser dans la campagne de Crimée à l’occasion d’un voyage de la tsarine Catherine II en 1787.

Toutes ces façades photographiées par Gregor Sailer auraient très bien pu figurer dans l’exposition fALSEfAKES que le Centre de la photographie Genève, co-producteur de cette exposition, avait présentée en 2013. En effet, il est courant de nos jours de se méfier comme de la peste de la manipulation possible du document photographique à l’ère de sa digitalisation ; pourtant personne ne fait le lien avec le constat qu’une bonne partie de notre environnement construit est déjà faux, que ce soit des architectures intérieures mais aussi des villes entières – à l’image par exemple du Val d’Europe construit comme un Paris haussmannien près d’Eurodisney. C’est de ce monde là que parle Gregor Sailer, spécialement dans sa série des villes chinoises qui, construites sur le principe de l’imitation, sont à l’image de certaines villes allemandes ou anglaises.

L’exposition The Potemkin Village au cloître Saint-Trophime propose une lecture en deux temps. Le spectateur en entrant dans la salle et en poursuivant son parcours jusqu’à la fin, fait principalement face à des wallpapers qui reproduisent des façades. Sur le recto des parois de wallpapers, le spectateur découvre en sortant des petits tirages qui dévoilent l’envers du décor et donnent à voir le contexte, toujours en absence de toute présence humaine, à l’exception des destinées touristiques chinoises.

Joerg Bader, Curateur et Directeur du CPG.


Soutiens

Avec le généreux soutien de(s) partenaire(s) suivant(s)

Fiche d'artiste

Gregor Sailer * 1980 à Schwaz, Tyrol, Austria, vit à Innsbruck

La série The Potemkin Village de Gregor Sailer joue de façon très sophistiquée sur une sorte de double tromperie. Les « villages potemkiniens » que l’artiste a identifiés aux quatre coins de l’hémisphère nord, que ce soit en France, en Allemagne, en Angleterre, en Russie, en Chine ou aux États-Unis, sont très souvent photographiés de face, l’une des caractéristiques du style documentaire tel qu’Olivier Lugon l’a fort bien défini dans son livre Le style documentaire. C [...]

La série The Potemkin Village de Gregor Sailer joue de façon très sophistiquée sur une sorte de double tromperie. Les « villages potemkiniens » que l’artiste a identifiés aux quatre coins de l’hémisphère nord, que ce soit en France, en Allemagne, en Angleterre, en Russie, en Chine ou aux États-Unis, sont très souvent photographiés de face, l’une des caractéristiques du style documentaire tel qu’Olivier Lugon l’a fort bien défini dans son livre Le style documentaire. Ce style – une description du monde tangible – peut par exemple faire apparaître les structures sociales qui nous régissent à partir de l’architecture ; mais il est surtout porté par l’ambition d’énoncer certaines vérités sur les rapports de force dans nos sociétés. Mais voilà qu’à peu près toutes les façades présentées dans cette exposition sont fausses. Elles font croire à des usages dont les bâtiments ne remplissent pas du tout les fonctions.

Ainsi, le wallpaper qui ouvre l’exposition représentant un village français dans l’esprit « force tranquille » n’a au fond rien d’idyllique, tout comme le wallpaper à sa gauche qui montre le centre d’une nouvelle ville postmoderne en France. Les deux vues sont en fait issues de sites d’entraînement militaire de l’armée française (à Beauséjour et Jeoffrécourt), à l’image des 24 villages de style oriental situés à 10’000 km de la mer Méditerranée dans le désert Mojave et construits par les États-Unis pour leur entraînement à la guerre en Iraq, Afghanistan, Syrie et ailleurs.

Plus loin dans le parcours de l’exposition, les petites maisons d’esprit scandinave n’hébergent personne non plus ; leurs façades ont juste été dressées pour simuler un village dédié à la sécurité routière suédoise. Et pour terminer, sur la droite, la façade du grand immeuble de bureaux n’a jamais existé non plus. C’est juste une bâche sur laquelle l’illusion de la façade d’un bâtiment administratif a été imprimée et qui est accrochée parmi d’autres dans les rue de Souzdal, ville où le président Poutine a reçu les dirigeants du BRIC et d’autres diplomates en 2015. Mais comme la ville hôte n’était pas vraiment présentable, des « villages potemkiniens » ont été dressés dans des paysages de neige pour faire bonne figure, exactement à l’image de ceux que le maréchal Grigori Aleksandrovitch Potemkine avait – selon la légende – fait dresser dans la campagne de Crimée à l’occasion d’un voyage de la tsarine Catherine II en 1787.

Toutes ces façades photographiées par Gregor Sailer auraient très bien pu figurer dans l’exposition fALSEfAKES que le Centre de la photographie Genève, co-producteur de cette exposition, avait présentée en 2013. En effet, il est courant de nos jours de se méfier comme de la peste de la manipulation possible du document photographique à l’ère de sa digitalisation ; pourtant personne ne fait le lien avec le constat qu’une bonne partie de notre environnement construit est déjà faux, que ce soit des architectures intérieures mais aussi des villes entières – à l’image par exemple du Val d’Europe construit comme un Paris haussmannien près d’Eurodisney. C’est de ce monde là que parle Gregor Sailer, spécialement dans sa série des villes chinoises qui, construites sur le principe de l’imitation, sont à l’image de certaines villes allemandes ou anglaises.

L’exposition The Potemkin Village au cloître Saint-Trophime propose une lecture en deux temps. Le spectateur en entrant dans la salle et en poursuivant son parcours jusqu’à la fin, fait principalement face à des wallpapers qui reproduisent des façades. Sur le recto des parois de wallpapers, le spectateur découvre en sortant des petits tirages qui dévoilent l’envers du décor et donnent à voir le contexte, toujours en absence de toute présence humaine, à l’exception des destinées touristiques chinoises.

Joerg Bader, Curateur et Directeur du CPG.

En relation