Serge Fruehauf
Commercial Break

03.12.2010 — 06.02.2011

Connu durant ces dernières années pour ses investigations photographiques sur les aberrations architecturales dans le paysage urbain, ainsi que pour ses propres interventions en volumes tout aussi aberrantes sur des bâtiments, documentées photographiquement, Serge Fruehauf propose pour sa première exposition personnelle au Centre de la photographie Genève une nouvelle orientation de son travail avec deux séries fort différentes.

Vernissage: 02.12.2010

COMMERCIAL BREAK est un break dans son parcours artistique, mais aussi un ensemble de 6 photographies montées sur aluminium au format 88 x 110 cm, montrant des coques gris-bleu de téléviseurs vides, de marques variées. Ces coques sont photographiées avec une lumière égale sur fond blanc, de face et agrandies jusqu’à leur taille réelle. La lecture n'est pas évidente de prime abord. Si le traitement suggère une réflexion sur la sculpture et son principe constitutif de pleins et d [...]

COMMERCIAL BREAK est un break dans son parcours artistique, mais aussi un ensemble de 6 photographies montées sur aluminium au format 88 x 110 cm, montrant des coques gris-bleu de téléviseurs vides, de marques variées. Ces coques sont photographiées avec une lumière égale sur fond blanc, de face et agrandies jusqu’à leur taille réelle. La lecture n'est pas évidente de prime abord. Si le traitement suggère une réflexion sur la sculpture et son principe constitutif de pleins et de vides et que le traitement de Serge Fruehauf laisse la question justement en suspens, on s’aperçoit en un deuxième temps que l’artiste oriente le regardeur vers une réflexion sur le contenu que ces caissons en plastique recevaient lorsqu’ils étaient en fonction. Le titre de la série, qui est aussi le titre de l’exposition, COMMERCIAL BREAK, laisse sous-entendre que les récepteurs de programmes télévisés sont tout d’abord des récepteurs de publicité. En ce sens, l’artiste n’est pas loin des réflexions de l’ancien PDG de TF1, Patrick Le Lay : “ Il y a beaucoup de façons de parler de la télévision. Mais dans une perspective “business”, soyons réaliste : à la base, le métier de TF1, c’est d’aider Coca-Cola, par exemple, à vendre son produit (...). Or pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible. ”

La série PAPIERS GLACÉS entraîne la même réflexion sur le mode de la presse imprimée en couleur, plus précisément de la presse majoritairement féminine, dont la mission première est de diffuser la beauté luxueuse de la mode et des modes de vie à haut coefficient de consommation de luxe. Les thèmes peuvent aller de l'habitat à la santé en passant par le design, le jardinage, le sexe ou encore les voyages, cependant la différence entre les pages publicitaires et les pages rédactionnelles est minime. L’artiste se sert tantôt des unes, tantôt des autres. Il traite ces pages de papier glacé tel un ready-made assisté. Un peu de dissolvant et les contextes disparaissent, autant les logos que les textes rédactionnels. Grâce à une technique d’encrage et d'effacement proportionnel à la densité d'impression d'origine du papier, les visages se trouvent virés au négatif. Les corps, par l’absence d’un membre deviennent tordus voire infirmes et tous ces mondes idéaux tournent au cauchemar, avec parfois même un accent de monde post-atomique. A l’ère de Photoshop et de toutes les manipulations digitales possibles d’images de toutes sortes, l’artiste intervient dans la série PAPIERS GLACÉS avec une grande économie de moyens sur le papier imprimé même, faisant de chaque page une pièce unique. Accroché à haute densité, couvrant les trois autres cimaises de la salle d’exposition du CPG, le travail de l’artiste nous rappelle la vanité de nos désirs dans un monde où tout est marchandise. L’effet de saturation des centaines de pages couvrant les trois cimaises, qui contraste avec le vide des coques des anciens téléviseurs, est contredit par les « trous » que Serge Fruehauf a laissés sur ces feuilles de papier glacé.

*Le CPG a montré une première fois le travail de Serge Fruehauf dans l’exposition collective QUOI DE 9/11 PHOTOGRAPHES DE GENÈVE ET DE LA RÉGION LÉMANIQUE en 2002.


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Fiche d'artiste

Serge Fruehauf * 1969 à Vevey, vit à Genève

COMMERCIAL BREAK est un break dans son parcours artistique, mais aussi un ensemble de 6 photographies montées sur aluminium au format 88 x 110 cm, montrant des coques gris-bleu de téléviseurs vides, de marques variées. Ces coques sont photographiées avec une lumière égale sur fond blanc, de face et agrandies jusqu’à leur taille réelle. La lecture n'est pas évidente de prime abord. Si le traitement suggère une réflexion sur la sculpture et son principe constitutif de pleins et d [...]

COMMERCIAL BREAK est un break dans son parcours artistique, mais aussi un ensemble de 6 photographies montées sur aluminium au format 88 x 110 cm, montrant des coques gris-bleu de téléviseurs vides, de marques variées. Ces coques sont photographiées avec une lumière égale sur fond blanc, de face et agrandies jusqu’à leur taille réelle. La lecture n'est pas évidente de prime abord. Si le traitement suggère une réflexion sur la sculpture et son principe constitutif de pleins et de vides et que le traitement de Serge Fruehauf laisse la question justement en suspens, on s’aperçoit en un deuxième temps que l’artiste oriente le regardeur vers une réflexion sur le contenu que ces caissons en plastique recevaient lorsqu’ils étaient en fonction. Le titre de la série, qui est aussi le titre de l’exposition, COMMERCIAL BREAK, laisse sous-entendre que les récepteurs de programmes télévisés sont tout d’abord des récepteurs de publicité. En ce sens, l’artiste n’est pas loin des réflexions de l’ancien PDG de TF1, Patrick Le Lay : “ Il y a beaucoup de façons de parler de la télévision. Mais dans une perspective “business”, soyons réaliste : à la base, le métier de TF1, c’est d’aider Coca-Cola, par exemple, à vendre son produit (...). Or pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible. ”

La série PAPIERS GLACÉS entraîne la même réflexion sur le mode de la presse imprimée en couleur, plus précisément de la presse majoritairement féminine, dont la mission première est de diffuser la beauté luxueuse de la mode et des modes de vie à haut coefficient de consommation de luxe. Les thèmes peuvent aller de l'habitat à la santé en passant par le design, le jardinage, le sexe ou encore les voyages, cependant la différence entre les pages publicitaires et les pages rédactionnelles est minime. L’artiste se sert tantôt des unes, tantôt des autres. Il traite ces pages de papier glacé tel un ready-made assisté. Un peu de dissolvant et les contextes disparaissent, autant les logos que les textes rédactionnels. Grâce à une technique d’encrage et d'effacement proportionnel à la densité d'impression d'origine du papier, les visages se trouvent virés au négatif. Les corps, par l’absence d’un membre deviennent tordus voire infirmes et tous ces mondes idéaux tournent au cauchemar, avec parfois même un accent de monde post-atomique. A l’ère de Photoshop et de toutes les manipulations digitales possibles d’images de toutes sortes, l’artiste intervient dans la série PAPIERS GLACÉS avec une grande économie de moyens sur le papier imprimé même, faisant de chaque page une pièce unique. Accroché à haute densité, couvrant les trois autres cimaises de la salle d’exposition du CPG, le travail de l’artiste nous rappelle la vanité de nos désirs dans un monde où tout est marchandise. L’effet de saturation des centaines de pages couvrant les trois cimaises, qui contraste avec le vide des coques des anciens téléviseurs, est contredit par les « trous » que Serge Fruehauf a laissés sur ces feuilles de papier glacé.

*Le CPG a montré une première fois le travail de Serge Fruehauf dans l’exposition collective QUOI DE 9/11 PHOTOGRAPHES DE GENÈVE ET DE LA RÉGION LÉMANIQUE en 2002.


Vue d'exposition

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