Il faut qu’on parle… IA et droit d’auteur

07.12.2023

18H00 (EN FRANÇAIS)

ENTRÉE LIBRE, INSCRIPTION NÉCESSAIRE JUSQU’À LA VEILLE VIA LE FORMULAIRE EN LIGNE.

LES RENCONTRES SONT SUIVIES D’UN APÉRO OÙ LES ÉCHANGES ENTRE LES PARTICIPANT·ES PEUVENT SE POURSUIVRE DE MANIÈRE MOINS FORMELLE.

IA et photographie: Que dit le droit d’auteur?

Yaniv Benhamou (répondant: Paul-Louis Roubert)

De l’invention de la photographie et du daguerréotype (1839), à l’ère actuelle de l’IA, chaque technologie pose de nouveaux défis juridiques, notamment sous l’angle du droit d’auteur qui exige l’originalité comme condition de protection. Dès son invention, la photographie était considérée par certain·e·x·s comme un simple moyen mécanique de reproduction, tandis que d’autres la considéraient comme un réel moyen d’expression de l’artiste. Ces questions reviennent en force avec l’apparition de l’IA où l’image est générée automatiquement.

Ainsi l’artiste nord-américain Jason Allen, lauréat contesté d’un concours artistique au Colorado, aurait passé plus de 80 heures pour trouver les bonnes instructions pour générer des images de costumes de style victorien avec des scaphandres d’astronautes, avec l’éclairage et les couleurs désirées, pour fabriquer son Théâtre d’Opéra Spatial (2022). Sur l’ensemble des 900 images générées par l’IA, il n’en aurait retenu que 3, dont la définition aurait été améliorée avec Gigapixel AI avant d’être imprimées sur toile. Le phénomène pose des questions de droit d’auteur passionnantes. D’abord, sous l’angle du résultat (output), certains artistes revendiquent des droits sur ces créations générées par IA, tandis que d’autres réfutent une telle protection au motif qu’il n’y aurait pas d’apport créatif de l’artiste. Ensuite, sous l’angle des images d’entrainement (input), d’autres artistes et les banques d’images, comme Getty Images, se plaignent de violation de droits d’auteurs du seul fait que leurs œuvres sont utilisées pour nourrir l’algorithme.

Le Professeur Yaniv Benhamou, avocat et professeur associé de droit du numérique à la Faculté de droit de l’Université de Genève, est spécialisé en protection et gouvernance des données, droit de la création et des technologies. Il nous invite à parcourir l’histoire de la photographie depuis ses débuts pour voir comment la notion d’originalité s’est vue transformée au gré de l’évolution des techniques. Le momentum est particulièrement bien choisi. D’abord parce que de nombreuses actions en justice initiées en 2023 permettront de déterminer dans quelle mesure il est licite de réutiliser des milliards d’images pour entrainer les algorithmes. Ensuite, parce que plusieurs décisions récentes redéfinissent la notion d’originalité des créations générées par l’IA, en distinguant par exemple l’apport créatif de l’artiste et le degré de contrôle exercé sur ses outils.

Avant d’ouvrir les questions au public, Paul-Louis Roubert dialoguera avec Yaniv Benhamou. Paul-Louis Roubert est historien de la photographie, Maître de conférences HDR à l’Université Paris 8, Président de la Société française de Photographie et co-fondateur de la revue Photographica.

Rencontre menée dans le cadre du projet de recherche Zone grise de l'original, dirigé par Pierre Leguillon à la HEAD Genève.

Image: Variation de Jason Allen, Théâtre D’opéra Spatial, 2022, réalisée avec dreamstudio.ai