In the precarious Geneva
Aurélien Fontanet

10.03.2021

 

A l’invitation du Centre de la ­photographie de Genève, Le Courrier présente une «exposition» au format imprimé d’Aurélien Fontanet. Depuis le printemps dernier, le Genevois suit de près les actions en faveur des laissé·es-pour-compte de la crise.

Samuel Schellenberg

 

«Comme le Centre de la photographie est fermé, on pourrait peut-être faire des expositions dans les quotidiens…» Fin janvier, dépité de voir un nouvel accrochage passer à la trappe pour cause de culture à l’arrêt, le directeur du Centre de la photographie de Genève écrit au Courrier. Joerg Bader propose au quotidien de publier sur deux pages une sélection de clichés d’Aurélien Fontanet, en remplacement de l’exposition prévue dans ses murs en début d’année. Des images sélectionnées à deux par le curateur et le photographe, issues d’un corpus de quelque 3000 clichés, qui témoignent de l’extrême précarité provoquée au bout du lac par la crise pandémique.

 

Formé à la HEAD, Haute Ecole d’art et de design de Genève, Aurélien Fontanet pratique la photo depuis l’adolescence, utilisant l’appareil comme un «carnet de notes». Il s’est rendu à de nombreuses reprises au Brésil, le pays de son père, où il a par exemple accompagné le réalisateur Daniel Schweizer, l’un de ses enseignants à la HEAD. Un choix de photos auriverde avait été présenté dans l’exposition «Amazonie. Le chamane et la pensée de la forêt», au MEG en 2016.

 

Depuis le printemps 2020, Aurélien Fontanet observe les actions menées à Genève en faveur des oublié·es de la crise. Il suit en particulier la Caravane de solidarité mise sur pied par Silvana Mastromatteo, une amie de longue date, avec ses distributions d’aliments aux plus démuni·es – tout d’abord entravée par la police, l’initiative s’est entretemps institutionnalisée. Imprimés sur affiches, plusieurs de ses clichés avaient été présentés au parc des Bastions l’été dernier, avec celles de trois autres photographes (dont Jean-Patrick Di Silvestro, du Courrier).

 

Les images publiées ici racontent la suite. A l’automne, la caravane est devenue «sans frontières», pour répondre cette fois à la problématique du logement, «dès lors clairement devenue prioritaire», explique Silvana Mastromatteo. La Genevoise aux origines colombiennes, titulaire d’un master en action humanitaire à l’Unige, convainc la paroisse de la Servette-Vieusseux d’accueillir un sleep-in. Avec son époux, elle ­organise en parallèle des tournées de maraudage, le soir, pour porter secours aux sans-abris.

 

Alors que les images brésiliennes multipliaient à l’infini la palette des couleurs, celles qui accompagnent la Caravane sans frontières sont en noir et blanc. Ce qui ne gomme en rien l’humanité des personnes représentées, bien au contraire. «Ces photos sont une affirmation de leur existence, commente Silvana Mastromatteo, elles leur donnent une identité et une dignité indispensables.» Aussi les images soulignent-elles que ces personnes doivent impérativement être impliquées dans les recherches de solutions. Dans l’immédiat, il s’agira par exemple de comprendre où dormiront les centaines de sans domicile fixe bientôt à la rue. Car le sleep-in de la Servette-Vieusseux ferme ses portes cette ­semaine, suivi à la fin du mois par les abris PC et en mai par les hôtels qui accueillent des sans-toit.

 

«Depuis le début de la pandémie, l’état d’urgence m’a fait prendre conscience de l’importance de s’engager dans sa localité pour lutter contre la précarité avoisinante et grandissante», explique le photographe, qui assume pleinement la dimension engagée de son travail. «La nécessité de photographier l’époque que nous traversons et d’apporter son soutien aux minorités est devenu pour moi une évidence. Il y a encore beaucoup de choses à faire et à dire – j’ai choisi les images pour en parler.»

 

Du 16 mars au 2 mai, le Centre de la photographie exposera «All Books and Some Prints», soit la totalité des publications que l’artiste Richard Prince a éditées au cours de ses cinquante années de travail artistique.