JULES SPINATSCH
Semiautomatic Photography (2003 – 2020)

12.12.2018 — 02.02.2019

Vernissage: 11.12.2018 18:00

 

Dimanches 16 et 30 décembre 2018 / 6 et 27 janvier 2019 à 14:00

Visites commentées de l’exposition

 

Samedi 19 janvier 2019 à 12:30

Brunch et Conversation entre Jules Spinatsch et Joerg Bader autour de la publication accompagnant l’exposition, vernie à cette occasion

 

Mardi 29 janvier 2019 à 17:30

Visite commentée en anglais suivie d’une conférence de Doris Gassert (Research Curator au Fotomuseum Winterthur) en anglais sur la relation entre photographie et nouveaux médias, en présence de Jules Spinatsch

Jules Spinatsch est aujourd’hui l’un des photographes suisses les plus importants de la scène internationale. Il a notamment exposé au MoMA à New York, à la Fondation Cartier à Paris, à la Villa Arson de Nice, au Walker Art Center de Minneapolis, à la Tate Modern à Londres, au SFMoMA de San Francisco, mais aussi au Kunsthaus de Zurich ou au Fotomuseum Winterthur, pour ne citer que ces institutions.

C’est le CPG qui l’a, jusqu’à ce jour, accueilli le plus souvent, av [...]

Jules Spinatsch est aujourd’hui l’un des photographes suisses les plus importants de la scène internationale. Il a notamment exposé au MoMA à New York, à la Fondation Cartier à Paris, à la Villa Arson de Nice, au Walker Art Center de Minneapolis, à la Tate Modern à Londres, au SFMoMA de San Francisco, mais aussi au Kunsthaus de Zurich ou au Fotomuseum Winterthur, pour ne citer que ces institutions.

C’est le CPG qui l’a, jusqu’à ce jour, accueilli le plus souvent, avec deux expositions personnelles (au CPG en 2003 et à Artgenève en 2015) et quatre expositions collectives, dont une hors les murs. C’est dans cet esprit que Jules Spinatsch, convaincu d’avoir fait le tour de la question, a souhaité faire au CPG le point sur sa pratique des prises de vues semi-automatiques.

L’exposition réunit les projets de photographies panoramiques créés entre 2003 et 2018, réalisés avec une technique que l’artiste a développée lui-même à partir d’une webcam semi-automatique, en collaboration avec l’informaticien Reto Diethelm jusqu’en 2012, puis avec une caméra SLR contrôlée par un ordinateur. Le système mis en place est le suivant : la caméra enregistre en suivant une grille précise et à intervalles réguliers des images individuelles sur une durée déterminée. Puis, toutes les images sont réunies dans un ordre chronologique pour former un large panorama. L’image panoramique représente donc un espace continu qui est coupé en fragments temporels. Une fois que l’appareil est lancé, il suit exactement le programme déterminé par l’artiste. Ainsi, la caméra contrôle l’espace, mais pas le temps, c’est-à-dire l’action qui se déroule devant son objectif.

La photographie semi-automatique de Jules Spinatsch est un mode de production d’image manuel et automatique. Dès 2003, date de sa première exposition personnelle au CPG intitulée Temporary Discomfort, Jules Spinatsch a su répondre d'une manière artistique à un mode de production photographique qui n’allait, par la suite, que gagner de l'ampleur, celui de la photographie de surveillance automatisée. Le premier panorama réalisé en 2003 au World Economic Forum (WEF) de Davos, lieu de naissance de l'artiste, marque un tournant dans l’histoire de la photographie documentaire critique.

Il faut rappeler que trois ans auparavant, Allan Sekula immortalisait le mouvement de l’altermondialisme naissant lors de la grande manifestation contre la globalisation de l’économie de Seattle. Il le faisait comme simple civil, sans carte de presse ni accréditation, sans téléobjectif ni masque à gaz, immergé au milieu de la foule des manifestants.

Pour enregistrer le WEF, Jules Spinatsch, lui, se positionne près du centre des congrès, au deuxième étage de la bibliothèque de Davos et dans deux immeubles d’habitation. Dans ses viseurs se trouvent, d’une part, l’accès au centre des congrès et, d’autre part, un fragment du parcours des manifestants altermondialistes qui ont été retardés par le black block et sont donc invisibles, car hors du temps de la programmation de la caméra. L’artiste n’est pas dans la foule, mais ailleurs, avec son programmateur, quelque part à l’abri des regards et des deux blocs censés s’affronter (manifestants et police). Les 2176 photographies prises sont transmises directement à la galerie Walcheturm, à Zurich, pour constituer durant les cinq jours du sommet un panorama de 20 mètres.

C’est le décalage entre la programmation faite par l’artiste et le déroulement réel qui donne un aspect absurde à l’entreprise, comme dans le cas de Heisenbergs Offside : l’enregistrement du match éliminatoire pour la Coupe du monde entre la France et la Suisse en 2005 montre tout le stade du Wankdorf à Berne mais pas une seule fois le ballon sur le terrain.

Deux tiers des panoramas de Jules Spinatsch représentent des lieux du pouvoir, qu’il soit juridique (Panopticon, une prison de Mannheim), financier (Competing Agendas, la bourse de Francfort) ou politique (Fabre n’est pas venu, le Conseil municipal de Toulouse), ou des lieux de loisirs, comme dans Heisenbergs Offside (le stade du Wankdorf à Berne), Vienna MMIX (le bal de l’Opéra de Vienne) ou Tanzboden (une rave party à Mannheim). Cette équivalence suggérée entre lieu de pouvoir et lieu de divertissements s’inscrit dans la logique de nos sociétés marchandes qui assujettissent l’humain dans toutes les sphères de la vie et où le temps libre n’est pas plus libre que le temps de travail.

Il est à souligner que l’artiste développe cette dialectique avec une technique de contrôle des populations, qui fait partie du nouvel essor l’ultracapitalisme. Jules Spinatsch ouvre ainsi un nouveau chapitre dans l'histoire du « style documentaire »[1]. Michael Hagner parle dans le catalogue accompagnant l’exposition d’une „gleichschwebende Aufmerksamkeit„ (une attention flottante, ou suspendue à parts égales) [2], un concept de Sigmund Freud qui trouve son équivalent dans « le style documentaire » de Walker Evans. Cette façon la moins artistique possible de documenter le monde tangible avec laquelle le photographe emblématique de la modernité (et du XXe siècle) a développé un style neutre, égal à celui d'un catalogue de quincaillerie, comme l’a écrit avec pas mal de mépris Edward Steichen.

Au cours des dernières années, Jules Spinatsch s’est intéressé de plus en plus aux images singulières de ses panoramas, indépendamment des critères de qualité. Ce qui l'intéresse tout particulièrement, c’est l’absence de toute intention dans la production automatique. D’une part, cette méthode le conduit vers une nouvelle relation aux images enregistrées en modifiant les paramètres de la photographie d’auteur. Il considère l’image individuelle comme appartenant à une archive qui peut l’amener vers une diversité de formes de présentation, comme par exemple avec Vienna MMIX : une installation dans l’espace public d’un panorama circulaire, un ensemble d’images recomposées, puis un livre en deux volumes et, pour l’exposition au CPG, une séquence vidéo en temps réel du bal de l'Opéra à Vienne tel qu’il avait enregistré, avec une image toutes les trois secondes, ainsi qu'une installation panoramique en forme de spirale, composée de toutes les pages du livre.

L’exposition du CPG propose pour la première fois l’ensemble des projets de photographie semi-automatique de Jules Spinatsch. Elle est construite en quatre parties. Dans le hall d’entrée, le matériel de base : des images individuelles de différents projets, présentées sous forme d’affiches et détachées de leur contexte original. À droite, le rez-de-chaussée est entièrement occupé par le début de sa démarche développée en 2003 pour le WEF et qui fait partie de la série Temporary Discomfort, spécialement Chapter IV, incluant l’installation telle qu’elle avait été montrée au MoMA à New York en 2006. Y figure aussi Soft Valley, un panorama de Davos, jamais montré auparavant.

À gauche sont réunis principalement les derniers projets : Inside SAP et Panopticon JVA, des enregistrements réalisés au siège principal du plus grand producteur mondial de logiciels pour entreprises, SAP, ainsi qu'une prise de vue dans une prison édifiée selon le modèle du fameux panoptique de Jeremy Bentham, auquel Michel Foucault se réfère dans son célèbre essai sur la société de contrôle, Surveiller et punir. Les deux bâtiments se trouvent à Mannheim et sont construits sur le principe du panoptique – le lien entre prison et technique de surveillance contemporaine (par des logiciels) ne saurait pas être plus éclatant.

Le premier étage déploie un très large échantillon de projets réalisés entre 2005 et 2012, avec une grande variété de formes, allant de panoramas encadrés à une spirale, de plusieurs papiers peints à une installation portant sur l’histoire de la technique nucléaire en Suisse (civile et militaire) et une nouvelle lecture du panorama représentant le Conseil municipal de Toulouse. Près de la sortie, l’artiste offre pour la première fois une reconstitution des quatre murs de son atelier. Après avoir soumis à son dispositif d’enregistrement des événements et des lieux de pouvoir et de loisirs, l’artiste nous invite dans sa sphère privée.

Joerg Bader, curateur, directeur CPG

 

[1] Terme employé par Walker Evans à la fin de sa vie pour marquer la différence entre son travail et la plupart des autres documentalistes.

[2] Jules Spinatsch, Semiautomatic Photography,éditions Centre de la photographie Genève et Spector Books, Leipzig, 2018, avec des contributions de Joerg Bader, Christoph Doswald, Michael Hagner et Jan Wenzel.


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Fiche d'artiste

Jules Spinatsch * 1964 à Davos, vit à Zurich

Jules Spinatsch est aujourd’hui l’un des photographes suisses les plus importants de la scène internationale. Il a notamment exposé au MoMA à New York, à la Fondation Cartier à Paris, à la Villa Arson de Nice, au Walker Art Center de Minneapolis, à la Tate Modern à Londres, au SFMoMA de San Francisco, mais aussi au Kunsthaus de Zurich ou au Fotomuseum Winterthur, pour ne citer que ces institutions.

C’est le CPG qui l’a, jusqu’à ce jour, accueilli le plus souvent, av [...]

Jules Spinatsch est aujourd’hui l’un des photographes suisses les plus importants de la scène internationale. Il a notamment exposé au MoMA à New York, à la Fondation Cartier à Paris, à la Villa Arson de Nice, au Walker Art Center de Minneapolis, à la Tate Modern à Londres, au SFMoMA de San Francisco, mais aussi au Kunsthaus de Zurich ou au Fotomuseum Winterthur, pour ne citer que ces institutions.

C’est le CPG qui l’a, jusqu’à ce jour, accueilli le plus souvent, avec deux expositions personnelles (au CPG en 2003 et à Artgenève en 2015) et quatre expositions collectives, dont une hors les murs. C’est dans cet esprit que Jules Spinatsch, convaincu d’avoir fait le tour de la question, a souhaité faire au CPG le point sur sa pratique des prises de vues semi-automatiques.

L’exposition réunit les projets de photographies panoramiques créés entre 2003 et 2018, réalisés avec une technique que l’artiste a développée lui-même à partir d’une webcam semi-automatique, en collaboration avec l’informaticien Reto Diethelm jusqu’en 2012, puis avec une caméra SLR contrôlée par un ordinateur. Le système mis en place est le suivant : la caméra enregistre en suivant une grille précise et à intervalles réguliers des images individuelles sur une durée déterminée. Puis, toutes les images sont réunies dans un ordre chronologique pour former un large panorama. L’image panoramique représente donc un espace continu qui est coupé en fragments temporels. Une fois que l’appareil est lancé, il suit exactement le programme déterminé par l’artiste. Ainsi, la caméra contrôle l’espace, mais pas le temps, c’est-à-dire l’action qui se déroule devant son objectif.

La photographie semi-automatique de Jules Spinatsch est un mode de production d’image manuel et automatique. Dès 2003, date de sa première exposition personnelle au CPG intitulée Temporary Discomfort, Jules Spinatsch a su répondre d'une manière artistique à un mode de production photographique qui n’allait, par la suite, que gagner de l'ampleur, celui de la photographie de surveillance automatisée. Le premier panorama réalisé en 2003 au World Economic Forum (WEF) de Davos, lieu de naissance de l'artiste, marque un tournant dans l’histoire de la photographie documentaire critique.

Il faut rappeler que trois ans auparavant, Allan Sekula immortalisait le mouvement de l’altermondialisme naissant lors de la grande manifestation contre la globalisation de l’économie de Seattle. Il le faisait comme simple civil, sans carte de presse ni accréditation, sans téléobjectif ni masque à gaz, immergé au milieu de la foule des manifestants.

Pour enregistrer le WEF, Jules Spinatsch, lui, se positionne près du centre des congrès, au deuxième étage de la bibliothèque de Davos et dans deux immeubles d’habitation. Dans ses viseurs se trouvent, d’une part, l’accès au centre des congrès et, d’autre part, un fragment du parcours des manifestants altermondialistes qui ont été retardés par le black block et sont donc invisibles, car hors du temps de la programmation de la caméra. L’artiste n’est pas dans la foule, mais ailleurs, avec son programmateur, quelque part à l’abri des regards et des deux blocs censés s’affronter (manifestants et police). Les 2176 photographies prises sont transmises directement à la galerie Walcheturm, à Zurich, pour constituer durant les cinq jours du sommet un panorama de 20 mètres.

C’est le décalage entre la programmation faite par l’artiste et le déroulement réel qui donne un aspect absurde à l’entreprise, comme dans le cas de Heisenbergs Offside : l’enregistrement du match éliminatoire pour la Coupe du monde entre la France et la Suisse en 2005 montre tout le stade du Wankdorf à Berne mais pas une seule fois le ballon sur le terrain.

Deux tiers des panoramas de Jules Spinatsch représentent des lieux du pouvoir, qu’il soit juridique (Panopticon, une prison de Mannheim), financier (Competing Agendas, la bourse de Francfort) ou politique (Fabre n’est pas venu, le Conseil municipal de Toulouse), ou des lieux de loisirs, comme dans Heisenbergs Offside (le stade du Wankdorf à Berne), Vienna MMIX (le bal de l’Opéra de Vienne) ou Tanzboden (une rave party à Mannheim). Cette équivalence suggérée entre lieu de pouvoir et lieu de divertissements s’inscrit dans la logique de nos sociétés marchandes qui assujettissent l’humain dans toutes les sphères de la vie et où le temps libre n’est pas plus libre que le temps de travail.

Il est à souligner que l’artiste développe cette dialectique avec une technique de contrôle des populations, qui fait partie du nouvel essor l’ultracapitalisme. Jules Spinatsch ouvre ainsi un nouveau chapitre dans l'histoire du « style documentaire »[1]. Michael Hagner parle dans le catalogue accompagnant l’exposition d’une „gleichschwebende Aufmerksamkeit„ (une attention flottante, ou suspendue à parts égales) [2], un concept de Sigmund Freud qui trouve son équivalent dans « le style documentaire » de Walker Evans. Cette façon la moins artistique possible de documenter le monde tangible avec laquelle le photographe emblématique de la modernité (et du XXe siècle) a développé un style neutre, égal à celui d'un catalogue de quincaillerie, comme l’a écrit avec pas mal de mépris Edward Steichen.

Au cours des dernières années, Jules Spinatsch s’est intéressé de plus en plus aux images singulières de ses panoramas, indépendamment des critères de qualité. Ce qui l'intéresse tout particulièrement, c’est l’absence de toute intention dans la production automatique. D’une part, cette méthode le conduit vers une nouvelle relation aux images enregistrées en modifiant les paramètres de la photographie d’auteur. Il considère l’image individuelle comme appartenant à une archive qui peut l’amener vers une diversité de formes de présentation, comme par exemple avec Vienna MMIX : une installation dans l’espace public d’un panorama circulaire, un ensemble d’images recomposées, puis un livre en deux volumes et, pour l’exposition au CPG, une séquence vidéo en temps réel du bal de l'Opéra à Vienne tel qu’il avait enregistré, avec une image toutes les trois secondes, ainsi qu'une installation panoramique en forme de spirale, composée de toutes les pages du livre.

L’exposition du CPG propose pour la première fois l’ensemble des projets de photographie semi-automatique de Jules Spinatsch. Elle est construite en quatre parties. Dans le hall d’entrée, le matériel de base : des images individuelles de différents projets, présentées sous forme d’affiches et détachées de leur contexte original. À droite, le rez-de-chaussée est entièrement occupé par le début de sa démarche développée en 2003 pour le WEF et qui fait partie de la série Temporary Discomfort, spécialement Chapter IV, incluant l’installation telle qu’elle avait été montrée au MoMA à New York en 2006. Y figure aussi Soft Valley, un panorama de Davos, jamais montré auparavant.

À gauche sont réunis principalement les derniers projets : Inside SAP et Panopticon JVA, des enregistrements réalisés au siège principal du plus grand producteur mondial de logiciels pour entreprises, SAP, ainsi qu'une prise de vue dans une prison édifiée selon le modèle du fameux panoptique de Jeremy Bentham, auquel Michel Foucault se réfère dans son célèbre essai sur la société de contrôle, Surveiller et punir. Les deux bâtiments se trouvent à Mannheim et sont construits sur le principe du panoptique – le lien entre prison et technique de surveillance contemporaine (par des logiciels) ne saurait pas être plus éclatant.

Le premier étage déploie un très large échantillon de projets réalisés entre 2005 et 2012, avec une grande variété de formes, allant de panoramas encadrés à une spirale, de plusieurs papiers peints à une installation portant sur l’histoire de la technique nucléaire en Suisse (civile et militaire) et une nouvelle lecture du panorama représentant le Conseil municipal de Toulouse. Près de la sortie, l’artiste offre pour la première fois une reconstitution des quatre murs de son atelier. Après avoir soumis à son dispositif d’enregistrement des événements et des lieux de pouvoir et de loisirs, l’artiste nous invite dans sa sphère privée.

Joerg Bader, curateur, directeur CPG

 

[1] Terme employé par Walker Evans à la fin de sa vie pour marquer la différence entre son travail et la plupart des autres documentalistes.

[2] Jules Spinatsch, Semiautomatic Photography,éditions Centre de la photographie Genève et Spector Books, Leipzig, 2018, avec des contributions de Joerg Bader, Christoph Doswald, Michael Hagner et Jan Wenzel.

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