PHOTO VS CINÉMA: STILL THE FILM

07.04.2014

Vernissage: 03.04.2014

Christiane Grimm / Clemens Klopfenstein /

Table ronde avec Christiane Grimm, Clemens Klopfenstein et Francis Reusser. Salle du BAC

07.04.2014 À 19H

CHRISTIANE GRIMM STILL, THE FILM – HORS-CHAMP, DERBORENCE

Plasticienne de formation, Christiane Grimm (née à Bâle en 1952, vit et travaille à Genève) venait en tant que coscénariste sur le tournage du film de Francis Reusser après avoir déjà collaboré en 1980 pour son film «Seuls». Cette production cinématographique suisse fut considérée comme la plus imp [...]

Table ronde avec Christiane Grimm, Clemens Klopfenstein et Francis Reusser. Salle du BAC

07.04.2014 À 19H

CHRISTIANE GRIMM STILL, THE FILM – HORS-CHAMP, DERBORENCE

Plasticienne de formation, Christiane Grimm (née à Bâle en 1952, vit et travaille à Genève) venait en tant que coscénariste sur le tournage du film de Francis Reusser après avoir déjà collaboré en 1980 pour son film «Seuls». Cette production cinématographique suisse fut considérée comme la plus importante en 1985 (sortie dans les salles en 1987). Attirée par le climat spécial qui régnait sur le tournage, c’est à dire le village haut-valaisan, Les Haudères, entièrement transformé en plateau de cinéma, Christiane Grimm se procurait un appareil photographique et captait spontanément la permanence du va-et-vient entre fiction et réel. Tournant dans un village vivant et dans des maisons habitées, Francis Reusser a réalisé à travers une des histoires littéraires la plus importante de la littérature suisse (Derborence de C.-F. Ramuz), aussi un documentaire anthropologique, même si une fausse façade artificielle a été érigée. Ces circonstances sont typiques pour les films de fiction suisse qui – par manque d’argent à pouvoir construire des villages, voir des villes dans des studios, inexistants d’ailleurs en Suisse – poursuivent la veine dont la plupart des « fictionnalistes » suisses proviennent : le documentaire. C’est une des qualités des photographies de Christiane Grimm, tel que le traitement très esthétique du noir et blanc, de produire une sorte de synthèse en unissant la fiction du film et le côté documentaire du tournage qui vient briser la fiction. Ce n’est pas le cas dans le film couleur. Dans celui-ci on se croit le temps de la projection, sauf au début du film, dans le Valais de la fin du 18ème siècle. Les photographies, elles sont en noir et blanc et produisent une distance temporelle tout en représentant entre autre des outils qui n’ont rien à voir avec le travail des villageois d’antan, mais tout avec la production cinématographique deux siècles plus tard. L’accrochage ne suit pas une règle définie, sauf que le bloc réunissant des photographies captant la lumière dans tous ses états, est la genèse de tout le travail photographique que Christiane Grimm va développer par la suite. En se mettant à photographier pour la première fois à l’occasion du tournage qui s’est étendu sur neuf semaines, précèdent plusieurs mois de préparation, l’artiste pouvait bien se laisser séduire par le constant va-et-vient entre fiction et réel, aujourd’hui il s’avère qu’elle cherchait déjà cette époque la lumière dans toute sa splendeur.

CLEMENS KLOPFENSTEIN STILL, THE FILM – HISTOIRE DE LA NUIT

« Histoire de la nuit » est un film tourné exclusivement la nuit et en Europe. Clemens Klopfenstein (né à Bienne en 1944, vit et travaille à Montefalso, Italie) le réalise en 150 nuits et dans 50 villes différentes, de Dublin à Istanbul, entre Rome et Helsinki. Il nous montre l’Europe plongée dans le noir. De longues prises de deux à trois minutes, le temps d’un rouleau 16mm, « essaient de tracer », comme le commente le cinéaste, « la physionomie d’une ville européenne telle qu’elle n’existe pas dans la nature … (mais) … qui lui donne une vaste spatialité géographique ». Thomas Pfister, qui est à l’initiative de cette exposition, fait remarquer que la nuit, dès les premiers courts métrages que Clemens Klopfenstein réalise avec son collectif AKS, est un élément important dans la dramaturgie de ses films, comme dans Lachen, Liebe, Nächte. Thomas Pfister écrit : « Son attirance pour les ombres nocturnes devient surtout perceptible dans son film d’école Nach Rio (1968), un moyen métrage de 16 mm dans le style de la série noir »…« comme une fin de film chez Jean-Pierre Melville » précise le cinéaste. Après l’insuccès cuisant de Die Fabrikanten, sorti en 1973, Clemens Klopfenstein, revient à ses débuts de dessinateur et peintre, obtient une bourse fédérale et devient de 1973 à 1974 l’heureux colocataire de l’Instituto Svizzero à Rome avec Piranesi et De Chirico dans son Panthéon.

Clemens Klopfenstein travaille à Rome aussi en tant que photographe pour la presse et en rentrant avec son vélo Solex, son Pentax en bandoulière, à des heures entre chien et loup, il est irrésistiblement attiré par le paysage urbain fantomatique de la capitale romaine. Rome la nuit, c’est pour tout cinéphile Le notte di Cabiria et aussi Dolce Vita de Federico Fellini et le jeune artiste ne s’en cache pas. En 1974 il réalise une série de photographies en noir et blanc, avec une sensibilité en ASA poussé lors du développement, qu’il appellera plus tard PAESE SERA ODER PERSPEKTIVEN EINES SOMNAMBULEN RECHERCHEURS (PAESE SERA OU LES PERSPECTIVES D’UN ENQUÊTEUR SOMNAMBULE). Une douzaine de ces tirages au grain gros comme des flocons de neige (qu’on retrouvera plus tard dans ses films de nuit), avait été montré en 1976 puis en 1999 à Bienne. En 1975, quand Clemens Klopfenstein décide de ne plus retourner en Suisse et de s’installer en Ombrie, à Montefalso, il replonge dans la nuit, tout en photographiant son village d’adoption. Aujourd’hui, ces deux séries montrées au Centre de la photographie Genève, nous apparaissent comme la genèse du film mythique HISTOIRE DE LA NUIT, sorti en 1979 et auquel il fera subir les mêmes traitements (pousser les ASA) qu’à ses photographies.

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